Dès votre arrivée au Salon automobile de Plunkett, vous êtes frappé par l’énorme Cadillac rouge décapotable 1934, placée de profil.

Elle est massive; plus de 20 pieds de long, parée de pneus à flancs blancs bien rebondis et recouverte de parures chromées. Impossible d’y résister; vous la dévorez du regard.

Toutefois, vos yeux finiront par terminer leur course sur la banderole suspendue à la mezzanine, directement au-dessus de la voiture. Il s’agit d’une publicité célèbre mettant en vedette une Cadillac 1915 et intitulée: «The Penalty of Leadership».

Cette dernière porte sur la façon dont les innovateurs sont tenus de tendre à des normes plus élevées que les autres, sur la manière dont «celui qui arrive en première place doit vivre constamment sous les feux aveuglants des médias.»

Steve Plunkett, cet Ontario qui possède les Cadillac parmi les plus incroyables, doit également y survivre, semble-t-il. Mais il le fait avec fascination.

«Aucun fabricant automobile sur la planète n’a jamais présenté plus de premières et d’innovations que General Motors et la plupart de ces innovations l’ont été par le biais de Cadillac, dit le collectionneur. Et c’est d’ailleurs ce qui me fascine: Cadillac jouit d’une histoire extrêmement riche dans le domaine de la technologie automobile.»

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Le passionné automobile installé à London, en Ontario, participe régulièrement à des émissions télévisées sur les voitures classiques et est souvent cité dans les revues spécialisées. Il se rend à de nombreux concours d’élégance à travers les États-Unis et tous les étés, il tient le plus gros salon automobile extérieur au pays, dans sa cour arrière de 103 acres.

Au centre de tout ce battage médiatique trône sa collection de Cadillac, composée de beautés comme cet exemplaire unique V-16 de 1934, postée sous la publicité «The Penalty.»

Il y a aussi cet exemplaire d’un Roadster Cadillac 1938, dont la carrosserie est griffée Brunn et qui a été construit pour Ralph Pulitzer, de la famille des Prix Pulitzer. La signature Hermann Brunn rend la voiture extrêmement spéciale, car en général, cette firme ne produisait de carrosseries que pour Lincoln.

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Steve Plunkett possède une douzaine de Cadillac d’avant-guerre — principalement des V-12 et des V-16 des années 1930, bien qu’il dispose également d’un Modèle K, un cabriolet décapotable 1907 – qu’il conserve dans ce «Salon automobile» qu’il a étoffé sporadiquement.

Dans son autre garage, dont les murs sont recouverts d’affiches et d’enseignes au néon, on retrouve une multitude de Cadillac, 31 au total, des années 1950 à 1990, auxquelles s’ajoutent une Coupe de Ville ’01 et une autocaravane de marque Prévost.

Il expose 15 autres voitures (pas de Cadillac; principalement de vieilles Buick et Oldsmobile) dans un troisième garage. Au total, il possède plus de 60 voitures antiques… et il n’en vend que très rarement: «Lorsque je manque d’espace, je construis simplement un autre bâtiment», dit-il en riant.

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Steve Plunkett – le fils d’Earl Plunkett, lequel a aidé à développer la pilule anticonceptionnelle – a toujours été passionné par les voitures. À 17 ans, il en possédait deux; à 27 ans, il avait acquis sa première Cadillac, une Coupe de Ville 1976.

Ce n’est toutefois qu’au cours des deux dernières décennies qu’il a commencé à les collectionner sérieusement.

Il s’est d’abord tourné vers les Cadillac des années 1950, n’ayant jamais planifié de s’intéresser à toutes ces voitures d’avant-guerre. Au fil du temps cependant, il s’est lentement laissé inspirer par toutes les innovations que la marque de luxe a commercialisées au cours des années 1930.

«De nos jours, on ne retrouve presque rien de nouveau dans les voitures, raconte Steve Plunkett. Vous croyez que les phares directionnels sont la nouveauté de l’heure? Cette Phaeton de 1931 en était dotée… Ne croyez donc pas que les dispositifs antivol, les servofreins et les pare-chocs qui absorbent l’énergie sont des systèmes récents…»

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Chacune de ses voitures est dotée d’une plaque à l’avant, indiquant l’année de construction, le numéro de modèle, le numéro de style et… le carrossier.

«Lorsque vous identifiez une voiture de cette période, impossible de simplement dire: c’est une Cadillac 1930, explique Plunkett. À cette époque, il y avait un nombre incroyable de carrossiers – Brunn, Dietrich, LeBaron, Murphy — qui concevaient des carrosseries différentes. C’est d’ailleurs pour cette raison que le nombre de voitures produites est si faible; il y avait tant d’exemplaires à styles de carrosserie uniques!»

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Bon nombre de ces plaques fournissent également quelques détails à propos du propriétaire précédent. Souvent, il s’agissait d’une quelconque célébrité. De fait, la collection de Plunkett comprend des voitures ayant appartenu non seulement à la famille des Prix Pulitzer, mais aussi à Bob Hope, Johnny Cash… «J’adore une voiture au riche passé», dit le collectionneur.

Les voitures n’ayant pas appartenu à des célébrités ne manquent pas d’histoire pour autant; plusieurs d’entre elles sont des éditions limitées spécialement construites, telle cette Cadillac familiale 1969 à l’allure personnalisée en usine, l’une de cinq conçues afin de véhiculer les cadres de GM autour des installations de l’Indy 500 de 1969.

Ou encore cette Coupe de Ville 1949 récemment acquise, l’un de quatre prototypes Cadillac appartenant à des propriétaires du secteur privé. La voiture a été entreposée dans un garage pendant environ 50 ans avant qu’un autre passionné automobile n’avertisse Plunkett de sa vente prochaine.

«C’est par référence qu’on prend connaissance de telles voitures; elles ne sont jamais affichées, c’est toujours quelqu’un qui glisse un mot à quelqu’un d’autre» dit l’Ontarien.

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Plunkett a maintenant pris sa retraite, après avoir travaillé comme vendeur d’encadrement photos pendant presque toute sa vie. Il consacre une bonne partie de son temps à planifier son «Fleetwood Country Cruize-In», le salon automobile qu’il tient chaque été sur sa propriété de London et où l’on peut y admirer 3 000 voitures.

Lorsqu’il en a le temps, il s’échine sur ses Cadillac, effectuant la mise au point, les vidanges d’huile ou le remplacement des pièces usées par… de vieilles pièces, qu’il trouve à même ses propres installations. Les réparations majeures, il les laisse à Al, son mécanicien permanent.

Vous avez bien lu: son mécanicien permanent. Car Steve Plunkett aime que toutes ses voitures soient en parfait état de marche. Pas le choix, quand on veut les conduire au quotidien.

«Je tente d’en conduire au moins trois par jour. Je les conduis jusqu’à ce que les routes soient recouvertes de calcium.» En général, il emprunte un parcours de 29 kilomètres qu’il intitule le «Circuit», afin de leur laisser l’occasion d’atteindre une bonne vitesse, soit environ 70 km/h.  

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Même la star de 1934 stationnée sous la publicité «The Penalty», d’une valeur d’un million de dollars, voit son lot de bitume. «Elle mesure neuf pieds deux pouces, du bouton du klaxon sur le volant à l’extrémité du pare-chocs avant, souligne Plunkett. De fait, elle ressemble à un camion Kenworth surbaissé. C’est un véritable monstre.»

Si certaines ne voient pas autant la route que les autres – telle la vrombissante Modèle K 1907 à un cylindre, une seule est exemptée de l’épreuve: la Cadillac Coach 1925, qu’il conserve à la mezzanine. Cette dernière est la seule «survivante» à n’avoir pas été restaurée; un bijou qu’il a trouvé dans une ferme et qu’il a affectueusement nommé son «Chicken Coupe de Ville.»

Toutefois, même cette dernière voit un peu d’action «moteur» de temps à autre. Et pour ce faire, Plunkett a percé les murs l’entourant pour y insérer quelques bouches d’aération, question d’aider à évacuer les gaz d’échappement…

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