Il faut d’abord réaliser qu’un véhicule de l’année modèle 2015 en vente à rabais à la fin de l’année 2015 a pour ainsi dire deux ans avant qu’il ne soit officiellement vendu. En effet, à partir du mois de janvier, ce ne sont pas ceux de 2016 qui débarquent chez les concessionnaires, mais bien ceux de 2017!

Cet âge, même si le véhicule n’a encore parcouru aucun kilomètre, influe considérablement sur sa valeur de revente… si l’on compte le revendre rapidement, bien sûr.

Si l’on prévoit le garder une douzaine d’années, ce n’est plus son année-modèle qui comptera dans l’équation, mais plutôt son kilométrage, l’état de sa carrosserie, son bilan mécanique. Mais si l’intention est d’acheter l’un de ces véhicules de fin d’année pour le revendre dans un relativement court délai, il est fort peu probable que cela soit un bon achat, qu’importe le rabais accordé.

«Quand on magasine un véhicule, on ne pense généralement pas en fonction de le revendre, mais on le devrait. Quelle sera sa valeur à ce moment-là? Et souvenez-vous: les véhicules ne se dévaluent pas tous de la même façon. Tout dépend de leur fiabilité, de leur entretien, de leur garantie et de leur coût », souligne Philippe St-Pierre, conseiller aux communications publiques du CAA-Québec.

Lorsque les messages publicitaires défilent à la télé ou à la radio, il est évidemment impossible de lire et de retenir les conditions et précisions affichées au bas de l’écran ou dites rapidement. Il le faut, pourtant.

Mais pas de panique: il suffit de consulter les sites Internet des constructeurs, de lire les journaux (ceux qui existent encore…) et magazines spécialisés pour prendre connaissance de tous les détails financiers d’importance.

Et attention aux astuces marketing: un taux de financement peut être à 0%, mais seulement à l’achat, par exemple. Ou encore la durée du financement ne convient pas, voire elle est grevée d’un important acompte. Peut-être même que la liste des caractéristiques liées ce modèle «c’est le dernier qu’il nous reste» ne correspond pas du tout à ses besoins.

Philippe St-Pierre ajoute: «Il faut revenir à la maison avec tous les papiers, avec toutes les informations avant de signer quoi que ce soit. Il faut prendre son temps. Ce véhicule sera encore disponible après 48 heures de réflexion. Sinon, ce sera un autre. Et il faut également prendre le temps de regarder des produits concurrents ou chez un autre concessionnaire de la même marque pour le même produit.»

Bref, fin d’année ou pas, on n’achète pas un véhicule comme on achète une paire de jeans. Et surtout que l’offre, aussi alléchante soit-elle, ne mette pas son budget en danger?

Le comptable agréé, conseiller financier et auteur du livre Finance au volant Éric Brassard précise dans celui-ci: «Les personnes qui utilisent la location perpétuelle devraient savoir que la valeur résiduelle de modèles de l’année précédente est inférieure à celle de l’année à venir, ce qui peut donc faire augmenter la mensualité, même si son prix est plus bas. Peut-être vaut-il alors mieux choisir un modèle de l’année.»

Ce fiscaliste, qui considère la location à répétition comme un moyen très coûteux de se procurer une automobile, ajoute à propos de ces rabais: «Dans tous les cas, vérifiez bien que les modèles de l’année précédente sont réellement moins chers que ceux de l’année à venir. Il est très facile de se faire avoir quand on croit bénéficier automatiquement d’une aubaine.»

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Ces rabais de fin d’année, il est sage d’en profiter pour non pas s’élancer vers un modèle plus luxueux et plus coûteux, mais pour se procurer un véhicule qui convienne et n’excède pas ses besoins, ni ses revenus. D’un autre côté, il faut choisir ce qui, justement, conviendra pendant plusieurs années, non seulement pour en diluer la dépréciation, mais aussi de manière à posséder un bien d’une valeur ajoutée, ce qui est très utile lors du magasinage d’un futur véhicule.

Tout habile conseiller essayera de faire magasiner son client en discutant de mensualités, de montants payés au mois ou même à la semaine. N’embarquez dans son jeu sous aucun prétexte!

Pour comparer des pommes avec des pommes, comme le dit si justement l’expression, il faut connaître le prix total d’un véhicule, incluant ses options, frais de préparation, de transport et taxes. Vous seriez surpris du nombre de fois où les gens interrogent leurs chroniqueurs automobiles préférés sur «tel ou tel modèle à XX$ par mois», mais lorsqu’on leur demande quel est le coût total de l’équation, ils n’en ont aucune idée…

Ce prix global, il vous l’utiliser jusqu’à la fin des discussions, sans se faire embobiner par des phrases du genre: «Pour seulement quelques dollars de plus par mois, vous pourriez vous offrir telle option…»

Car cette caractéristique «abordable» coûtera au final, sans même que l’on s’en doute, des centaines, voire des milliers de dollars supplémentaires après quelques années de financement (plus l’intérêt). Ces sièges chauffants à «seulement 10$ par mois» qui reviendront à plus de 650$, les veut-on vraiment?

« La règle d’or est de ne pas tomber en amour trop rapidement… »

- Philippe St-Pierre

Un autre moment pour négocier un important rabais survient au moment du renouvellement important d’un modèle, qu’importe le temps de l’année. La nouvelle génération est sur le point d’accaparer toute l’attention? L’ancienne doit donc débarrasser le plancher coûte que coûte.

Là encore, il faut tenir compte de la dévaluation, encore plus importante dans ce cas-ci; idéalement, la durée de la possession de ce véhicule devra être prolongée, afin de contrebalancer pareille chute de valeur.

Mine de rien, les trois ou quatre derniers mois de l’année peuvent aussi apporter des occasions d’achat inespérées chez les modèles qui sont en tête des palmarès des plus vendus et pour lesquels les constructeurs se livrent une compétition féroce. Ainsi, ces dernières années, la Honda Civic, la voiture la plus vendue au Canada depuis une décennie et demie, voit sérieusement sa domination menacée par les Mazda3 et Hyundai Elantra de ce monde. Plus le 31 décembre se rapproche, et plus Honda, Mazda et Hyundai font des pieds et des mains pour écouler encore plus de celle qui risque de détrôner la championne… ou de le rester.

Et qu’en est-il des fins de mois? Les spécialistes consultés pour ce reportage sont unanimes: dans certains cas, il peut être avantageux de magasiner durant les derniers jours du mois. La plupart des marchands ont des quotas à remplir et ces buts sont à atteindre en vue non seulement des bonis, mais aussi pour grimper le plus avantageusement possible sur la liste prioritaire du constructeur – et ainsi obtenir les meilleurs choix de versions et de modèles, l’année suivante.

Ce qu’on ne dira pas, mais qu’on peut facilement deviner, c’est que les conseillers peuvent être davantage à l’écoute en ces périodes et ainsi intercéder auprès de leur directeur des ventes (le vrai détenteur des rabais) pour rafler une économie supplémentaire.

Si c’est le cas, tant mieux. Peut-être même offrira-t-on un groupe d’accessoires supplémentaires. Pourquoi ne pas solliciter quelques vidanges d’huile moteur gratuites? Le concessionnaire, désireux de revoir le client dans son atelier de service (et peut-être procéder à d’autres entretien, réparations ou changement saisonnier de pneus), a toutes les raisons du monde d’accéder à pareille demande.

Un autre truc, bon à tout moment: on jette un oeil à la cour du concessionnaire, question d’analyser ce qui s’y trouve en grande quantité. Le conseiller portera une oreille beaucoup plus attentive s’il a encore un important inventaire de Toyota Corolla – et non de Toyota Yaris à écouler en peu de temps. «Cela dit, si le constructeur va très bien et qu’il a de la difficulté à garder des véhicules en stock, n’imaginez pas obtenir un rabais vraiment intéressant,» dit Benoit Charette.

Calculer si un véhicule est réellement moins cher qu’un autre, son taux réel de financement ou de location, dénicher les fausses promotions et supercheries de marketing (le fameux terme de 84 mois…) peut être difficile.

On doit effectuer les bons calculs pour savoir si on fait VRAIMENT une bonne affaire – et pour se faire, rien de plus utile que les calculettes automatisées que le fiscaliste Éric Brassard met à la disposition d’Internet.

L’effort de se casser un peu la tête peut s’avérer très payant en bout de ligne… Bonne fin d’année!