Lorsque les experts sollicités pour des conseils d’achats suggèrent les VOC – pour Véhicules d’Occasion Certifiés, plus souvent qu’autrement, leur recommandation est reçue avec… un total regard d’incompréhension.

Même si, bon an mal an au Canada, il se vend deux fois plus de véhicules usagés (trois millions l’an dernier) que de véhicules neufs; et que le tiers de ces «occases» sont cédées dans l’antre des concessionnaires… fort peu l’ont été en certifiés: à peine 5% de toutes les ventes d’automobiles, neuves ou usagées.

Non seulement ces VOC, des créatures conçues de toutes pièces par les constructeurs automobiles, sont méconnus des acheteurs, mais peu de statistiques existent à leur endroit – à commencer par celles qui pourraient mesurer l’ampleur de notre ignorance à leur sujet.

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Pourtant, les premières certifications ont vu le jour dans les années 1990, merci à Mercedes-Benz et à Lexus – soit il y a près de trois décennies. Et aujourd’hui, non seulement à peu près toutes les marques offrent un programme VOC, mais leur site Internet permet une recherche élaborée par catégories, modèles, année, région et prix.

Même la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec propose sa certification de base Occasion en or, une bannière qui regroupe à peu près toutes les marques.

Certes, tous les programmes ne sont pas égaux, mais ils ont d’importants dénominateurs communs:

  • Ils misent sur des véhicules récents et de bas kilométrage, inspectés en plus d’une centaine de points et, s’il y a lieu, réparés par des mécaniciens spécialistes de la marque.
  • La majorité des VOC ont encore une «balance» de garantie d’origine.
  • Que le point précédent soit le cas ou non, tous les VOC sont systématiquement assortis d’une garantie supplémentaire, honorée dans tous les établissements de la marque. «Ces garanties sont meilleures que toutes celles indépendantes et, de fait, elles constituent le plus grand avantage des programmes VOC,» dit Georges Iny, président de l’Association pour la protection des Automobilistes (APA).
  • Au fil des années, les VOC se sont étoffés de l’assistance routière, d’un historique Carproof, de taux de financement et même de taux de location préférentiels – un net avantage versus le marché traditionnel de l’usagé où règnent des taux bancaires beaucoup plus élevés.
  • Certains plans proposent les premières vidanges d’huile ou l’abonnement gratuit à SiriusXM, d’autres compensent pour l’interruption du voyage ou la location d’une voiture, advenant un bris.

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Bref, on a pratiquement droit à l’expérience d’achat d’une nouvelle voiture, mais au prix d’une usagée. En prime, les VOC offrent un bénéfice que l’achat neuf ne permet pas: les privilèges d’échange.

En effet, à peu près tous les programmes permettent à l’insatisfait d’échanger son VOC contre un autre dans les jours suivant la transaction (de trois à 30 jours selon les plans, en autant que le véhicule n’ait pas dépassé le kilométrage imposé).

Évidemment, qui dit certification et tous ces avantages, dit prix d’étiquette plus élevé que pour une voiture usagée non certifiée.

Impossible d’établir avec précision les premiums canadiens à débourser, puisque par souci de compétitivité, les constructeurs conservent jalousement leurs données à ce sujet.

Heureusement, la donne est beaucoup mieux communiquée aux États-Unis, notamment avec AutoTrader, qui révèle qu’au sud de nos frontières, un VOC (les CPO, dans la langue de Shakespeare) coûte en moyenne de 2 à 8% de plus qu’un véhicule usagé de même marque, de même kilométrage et sensiblement de même condition, mais non certifié.

L’entreprise d’Atlanta révèle même qu’en 2015, les acheteurs de VOC étaient disposées envers un supplément moyen de 2090$ (US) versus un véhicule usagé non certifié.

Évidemment, l’écart dépend des marques, avec les plus importantes différences notées chez les modèles de luxe.

Cela dit, c’est avec ces derniers que les VOC font le plus de sens, croit George Iny: «Leur coût d’achat plus élevé permet des économies de taux d’intérêt plus intéressants, tout comme leur coût plus élevé de réparations – et leurs pannes plus fréquentes – rendent la garantie complète des plus séduisantes.»

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AutoTrader note également que le taux de satisfaction (77%) des acheteurs de VOC transpire dans le fait que quatre d’entre eux sur cinq entendent renouveler l’expérience de la certification.

Pareille satisfaction est certes attribuables aux avantages offerts par les différents programmes, mais aussi parce que, de notoriété publique, les concessionnaires bénéficient de l’avantage de la sélection: lors des «retours de location», ils se gardent les meilleurs exemplaires, soit ceux qui ont peu roulé, n’ont pas été accidentés et qui ont été bien entretenus, factures à l’appui.

Du coup, avec ce premier choix au repêchage automobile, les concessionnaires transforment l’usagé qu’on a longtemps considéré comme «la vente du trouble de quelqu’un autre… à la vente du trésor de quelqu’un d’autre,» dit Jim Mateja, journaliste à Cars.com.

Les consommateurs ne sont pas les seuls à profiter des programmes VOC: les concessionnaires et constructeurs le font aussi, tant du côté fidélité de la clientèle que des profits engrangés.

Car toujours selon AutoTrader, les acheteurs de VOC sont des clients loyaux et, trois fois sur quatre, ils se tournent vers le même constructeur pour un autre véhicule de même marque. Mieux encore: une fois sur deux, ce sera pour acquérir un modèle… neuf.

L’occasion est donc belle pour eux de nouer une (précieuse) relation à long terme, de s’attacher une clientèle qui fréquentera leur (rentable) département de service et, au passage, gérer plus efficacement les valeurs résiduelles inhérentes à leurs programmes de location.

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Mais retournons du côté des consommateurs pour souligner qu’au-delà de ce bassin qualitatif de véhicules d’occasion, le plus grand atout des VOC est de faire sauver la coûteuse dépréciation automobile.

En effet, celle-ci aura déjà lourdement frappé le véhicule usagé. Au vu des analyses statistiques de DesRosiers Automotive Consultants, c’est donc le propriétaire précédent qui aura assumé les pires pertes – soit une moyenne de 15% la première année, puis de 10% les trois ou quatre années suivantes.

Doit-on répéter que la dépréciation, plus que les dépenses d’entretiens, de réparations et de carburant réunies, est ce qui coûte le plus cher, automobilement parlant – quand bien même aucune facture ne sera jamais émise pour elle?

Autre point positif pour les VOC: les véhicules neufs d’aujourd’hui peuvent rouler en moyenne plus de 300 000 km avant de sérieusement poser problème – soit deux fois plus que les véhicules neufs fabriqués dans les années 1980, dit encore l’expert Denis DesRosiers.

Du coup, une occase de cinq ans n’est plus à mi-chemin de sa durée de vie comme il y a 30 ans, mais bien une presque jeunesse qui se trouve à peine au tiers de son parcours.

Enfin, l’achat VOC permet, versus un modèle neuf et pour un budget donné, de s’élever dans l’échelle des variantes vers un véhicule mieux équipé, voire «de mettre la main sur du plus luxueux sans sortir de sa zone de confort, côté prix,» dit Rick Wainschel, d’AutoTrader.

Que des bons côtés aux VOC? Évidemment, non. Comme dans tout bonne transaction mettant en cause des véhicules usagés, certifiés ou pas, quelques points sont à surveiller, lisez ici lesquels.

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