On l’a souvent entendu, ce conseil: «Tu veux conserver longtemps ton véhicule? Ne le loue pas, achète-le. » Eh bien, c’est une erreur, dit le planificateur financier Éric Brassard.

Car la location, dit l’auteur du livre Finance au Volant, n’est qu’une façon parmi d’autres d’emprunter: «Elle représente une dette, dont le solde n’est pas nul à l’échéance, moment où la règle en redonnant la voiture – ou en l’achetant,» dit l’associé chez Brassard Goulet Yargeau Services financiers intégrés.

Voyons ensemble les mythes qui entourent ce mode d’acquisition – saurez-vous départager le vrai du faux?

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Réponse: c’est vrai.

On ne s’en sort pas: dépréciation oblige, les premières années sont celles où un véhicule neuf perd le plus de sa valeur – jusqu’à la moitié de son coût d’acquisition.

Mais… que l’on loue ou que l’on achète n’influe en rien cette dépréciation, dit M. Brassard. «C’est de rouler dans une voiture neuve qui est coûteux, cela n’a rien à voir avec la location ou l’achat,» dit le comptable agréé.

Ainsi, celui qui achète pour revendre quelques années plus tard est dans le même bateau que celui qui loue «à perpétuité», c’est-à-dire celui qui rend les clés en fin de bail pour repartir avec un autre véhicule loué.

Même que «plusieurs études démontrent qu’il est souvent moins coûteux de louer à répétition que d’acheter à répétition,» dit M. Brassard. Et celui ou celle qui aime changer régulièrement de voiture n’a alors pas le souci de la mettre en vente, de rencontrer les acheteurs potentiels, d’en négocier le prix…

Réponse: c’est faux.

En fait, la location automobile à long terme n’est rien d’autre qu’un mode de financement. Dans certains cas, c’est même l’option à privilégier, surtout si le taux d’intérêt est… plus intéressant.

Certes, si l’on souhaite racheter le véhicule en fin de bail, il faudra défrayer la valeur résiduelle. Ce qui se fera sans doute à un taux d’intérêt plus élevé, si l’on doit par exemple recourir à un emprunt bancaire.

Sauf que ces coûts en intérêts ne sont souvent qu’une pacotille versus la dépréciation d’un véhicule. Lisez ici comment la dépréciation est de loin la facture la plus élevée, bien qu’invisible, d’un véhicule.

Loin devant les réparations d’une usagée ou les dépenses en carburant.

Vous en doutez? Faites le calcul, avec les calculettes de M. Brassard trouvées ici, et vous découvrirez qu’un taux de 8% peut sembler élevé, mais sur une dette résiduelle de 10 000$, il en coûte moins en intérêts (1281$ sur trois ans) qu’un taux de 3% à l’achat d’un véhicule neuf de 23 000$ (2945$ sur trois ans ou, encore, 4981$ sur cinq ans).

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Réponse: c’est vrai.

Inquiet de la fiabilité du véhicule? Des problèmes mécaniques plus nombreux qu’escompté? Un accident est survenu?

«Pour chacune de ces raisons, dit Éric Brassard, on peut conseiller de louer une voiture et, si tout va bien, de l’acheter par la suite.»

Car la location a la beauté de permettre de se débarrasser, en fin de bail, du «problème» sans devoir en assumer la perte (sauf, bien sûr, en cas d’usure anormale). Celui ou celle qui loue a en effet l’avantage d’avoir établi, à la signature de l’entente, ce que vaudra le véhicule au terme du contrat –la valeur résiduelle.

Si ledit véhicule s’avère un citron ou s’il a été impliqué dans un sérieux accident (puis convenablement réparé), celui ou celle qui l’a loué peut en rendre les clés pour effacer sa dettes, sans affronter une valeur diminuée qu’un propriétaire, lui, aura à assumer à la revente.

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Réponse: c’est faux.

Le «Plus petit paiement possible», comme le surnomme Éric Brassard, est ce que les concessionnaires mettent de l’avant pour attirer les acheteurs. Mais, dit le planificateur financier: «Rien ne garantit qu’une mensualité moins élevée soit porteuse d’intérêts moins élevés – c’est même souvent le contraire.»

Bien sûr, la location est généralement celle qui offre des mensualités moins élevées que l’achat. Et c’est logique: la location consiste à ne défrayer que pour le temps d’utilisation du véhicule – on ne «paie» donc pas pour la totale, puisque la valeur résiduelle sera assumée (ou non) plus tard.

Et plus cette valeur résiduelle est élevée, comme pour les Japonaises, la mensualité est faible. Ce qui ravit les clients, surtout ceux qui reluquent une voiture luxueuse qui n’est pas dans leurs moyens.

(Mais ils oublient alors que si la location rend les voitures de luxe plus accessibles, elle ne réduit en rien leur coût réel, à commencer par celui de leur entretien.)

Ces PPPP cachent par ailleurs des facteurs qu’il faut considérer: la durée du bail, le taux d’intérêt, les versements (mensuels ou aux deux semaines), le comptant (ou la voiture qu’on donne en échange), les taxes, frais de transport et de préparation.

Il faut aussi mettre dans la balance qu’à la fin d’une location, on ne possède aucun véhicule que l’on peut revendre; on repart à zéro.

Voilà pourquoi «un petit paiement n’est pas nécessairement synonyme de faible coût, dit Éric Brassard. Même que c’est l’une des illusions les plus dévastatrices qui soient sur le plan financier.»

Comment s’en sauver? En ne tombant pas tomber dans le panneau du «combien par mois», mais plutôt en analysant le prix total avec tous les frais déclinés. Et idéalement, on choisit… le moins pire taux d’intérêt.

Notez que dans le cas d’un budget très serré, la petite mensualité d’une location
peut être avantageuse si l’on se sert de la différence qu’on aurait payé chaque mois, si on avait acheté, pour rembourser des dettes plus coûteuses – celles de nos cartes de crédit, par exemple..

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Réponse: c’est faux.

De fait, trop de facteurs entrent en ligne de compte pour simplement décider de rendre une voiture qui, sur le marché, vaut moins que ce qu’il faut payer pour la garder.

D’abord, si ladite voiture a parcouru plus de kilomètres que prévu au contrat de location, il vaudrait mieux la conserver plutôt que de la rendre – ainsi, on n’aura pas besoin de libeller un chèque couvrant les kilomètres excédentaires.

Et on se console en se disant que si on avait acheté plutôt que loué, on assumerait de toute façon cette perte, non pas en signant un chèque, mais avec une valeur de revente diminuée.

De même, si la voiture affiche moins de kilométrage que ce qui était alloué, on aurait… avantage à la conserver, pour ainsi consommer soi-même ce qu’on a déjà payé.

Des égratignures qui ne peuvent passer pour de l’usure normale? Un entretien qu’on n’a pas fait faire de façon religieuse? Des pneus à changer? Si la voiture va bien et qu’on en est toujours satisfait, on la conserve.

On se sauve alors non seulement d’une autre forte dépréciation que subira la prochaine voiture neuve, mais également des intérêts (sur un plus gros montant) et de primes d’assurances plus élevées.

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«Pour faire simple, dit Éric Brassard, à moins d’extrêmes, la réponse ne réside pas dans la différence entre la valeur résiduelle et la valeur marchande.»

Mais… de quels extrêmes parle-t-on? «Disons qu’avec 2000$ de différence ou moins, on ne se pose pas la question, dit M. Brassard. Entre 2000$ et 3000$, c’est la zone grise. Et ça devient une mauvaise affaire si la valeur marchande est très réduite versus la dette qui reste à payer, par exemple dans le cas d’une voiture accidentée.»

«N’oubliez pas, dit encore le planificateur: la meilleure voiture d’occasion est souvent celle que l’on conduit déjà.»

Réponse: c’est faux.

On pense à tort qu’en louant de façon perpétuelle, c’est-à-dire en remettant les clés à chaque fin de location pour repartir avec un nouveau bail, on sauve sur les frais d’entretien et de réparations – inévitablement grandissants avec une voiture qui prend de l’âge.

Voilà qui est un faux avantage de la location, dit Éric Brassard: «Ce que vous gagnez du côté entretien ne fait pas le poids devant les coûts énormes de la dépréciation d’une voiture durant ses premières années. »

Vous voulez éviter des frais de réparations imprévus? «Plutôt que de changer constamment de voiture pour que cette dernière soit toujours “sous garantie” du constructeur, pensez plutôt garantie prolongée, » dit le conseiller en placements.

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«La location est très intéressante… si elle est utilisée intelligemment, soutient Éric Brassard. La majorité des consommateurs peut l’envisager, mais ça devrait n’être que pour un terme unique.»

Car la location perpétuelle est plutôt à considérer avec prudence: «Louer à répétition implique de subir à répétition la dépréciation des premières années de plusieurs voitures, » dit M. Brassard.

Et c’est ce qui fait financièrement mal, «car vous aurez alors une dette pour l’éternité, conclut le planificateur. Et comme le dit Woody Allen, “L’éternité, c’est long; surtout vers la fin.»

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