Des véhicules reconstruits, au Québec, il en roule près de 150 000. De l’avis de George Iny, président de l’Association pour la protection des automobilistes (APA), il existe de bonnes occasions qui permettent aux acheteurs de véhicules de prestige presque neuf d’économiser jusqu’à 20% versus le traditionnel marché de l’usagé.

Mine de rien, le Québec, et plus particulièrement la Beauce, détiennent une expertise de longue date dans la reconstruction de VGA – pour véhicules gravement accidentés, comme les appelle la Société de l’assurance automobile du Québec, qui d’ailleurs insiste: des épaves sur roues, ça n’existe plus ou presque.

George Iny seconde: «C’est mieux fait au Québec et même quand c’est mal fait ici, c’est mieux fait qu’ailleurs au Canada.»

«Check» positif pour la sécurité, comme dirait l’autre.

Là où le bât blesse, cependant, c’est au niveau de la légitimité.

Ces VGA reconstruits, l’ont-ils été avec des pièces volées?

Sont-ils un maquillage par le biais duquel le numéro de série d’un VGA – qu’on n’a nullement l’intention de réparer, finalement – est apposé sur un véhicule identique… volé?

Une authentification d’experts permettrait de connaître la réponse pour chacun des plus ou moins 12 000 véhicules reconstruits qui s’ajoutent chaque année au paysage automobile québécois. Malheureusement, aucune autorité ne prend en charge cette authentification. Pas même la SAAQ qui, pourtant, les «certifie».

Aussi, peu d’acheteurs de VGA demandent une telle authentification – mais veulent-ils vraiment savoir si la belle reconstruite offerte à prix d’aubaine est en fait bourrée de pièces volées?

Certains veulent savoir, principalement afin d’éviter la saisie du véhicule au terme d’une enquête menée par la police, et ce qui les laisseraient sans recours aucun.

Heureusement pour eux, il y a moyen de se prémunir contre de telles mauvaises surprises. Comment? Simplement en prenant rendez-vous avec l’un des enquêteurs du Bureau des Assurances du Canada (BAC, 514-933-8953). Celui-ci vérifiera extensivement que concordent bien historique du véhicule, titres et numéros de série. Plusieurs d’assureurs exigent d’ailleurs cette authentification avant de couvrir un VGA reconstruit.

Mais ça coûte, cette vérification: 455$ (avec taxes), aux frais de l’acheteur bien sûr. Mais qu’est-ce que cette somme lorsqu’un reconstruit peut nous faire économiser plusieurs milliers de dollars versus un véhicule semblable sur le traditionnel marché de l’usagé?

«C’est bien peu,» répond André Drolet, ex-policier, qui ajoute d’ailleurs que cette certification devrait être obligatoire pour tous les reconstruits – ce qui n’est toujours pas le cas, malgré les demandes répétées de ceux qui luttent contre le vol automobile.

L’authentification n’est pas la seule précaution à prendre lors de l’achat d’un VGA reconstruit. L’acheteur a également intérêt à rechercher l’historique du véhicule sur les Carfax/CarProof de ce monde, comme pour n’importe quel autre véhicule usagé.

(En passant, une recherche d’historique sur un véhicule que vous croyez «propre» pourrait révéler qu’il s’agit d’un véhicule déclaré VGA ailleurs…)

Ces historiques, qui coûtent en moyenne une cinquantaine de dollars, sont-ils fiables? «Non, ne vous y fiez pas à 100%, dit Jean-François Cavanagh, avocat spécialisé dans le droit automobile. Après tout, il ne s’agit que d’une compilation des données d’immatriculation et des regroupements d’assureurs. Il peut y avoir des erreurs.»

Ou des absences d’informations capitales, parce qu’elles n’ont pas été divulguées…

Autres indispensables: l’essai routier et, surtout, l’inspection. Cette dernière ne doit pas être que mécanique: l’acheteur de VGA veut en effet s’assurer que la reconstruction a été faite selon les règles de l’art et que le véhicule est sécuritaire.

À ce chapitre, l’Association pour la protection des automobilistes (www.apa.ca ou 514-272-5555) offre un service de «premier filtrage». Pour une centaine de dollars (dans la grande région montréalaise), l’expert-témoin Andrew Bleakley se penche sur la qualité des soudures, vérifie si les pièces réutilisées l’ont été à bon escient, détermine l’intégralité de la structure.

Si des doutes surgissent, l’acheteur de VGA devra alors confier un mandat plus élaboré à un carrossier d’expérience. «Celui-ci installera le véhicule sur un gabarit et prendra les mesures importantes du châssis,» explique George Iny, président de l’APA.

L’ouragan Katrina qui s’est abattu sur la Nouvelle Orléans en 2005 aura marqué l’imaginaire – et le marché de l’automobile d’occasion. Pendant quelques semaines, et avant que les règles gouvernementales ne se resserrent, des véhicules inondés ont été vendus ici et là comme s’ils n’avaient jamais connu l’ondée.

Ils n’avaient l’air de rien – de fait, ils avaient l’air tout proprets et même qu’ils sentaient bons. Mais les problèmes n’ont pas tardé. Moisissures, corrosion, problèmes électriques et électroniques, du sable qui s’éjecte du lecteur CD… c’est là le lot des véhicules qui, même un court instant, se sont pris pour des bateaux.

«Le hic avec les véhicules inondés, dit George Iny, c’est que les problèmes sont intermittents, donc difficiles à diagnostiquer et à réparer. Lorsque, finalement, on réalise ce à quoi on a affaire, il est généralement trop tard pour intenter un recours.»

Vous vous dites: «Bah, des Katrina, ça n’arrive pas tous les jours?» Soit. Mais des inondations en Amérique du Nord, il y en a tous les ans (pensez à la rivière Richelieu…)

Et même si les règles de divulgation aux et par les assurances sont de plus en plus sévères, il y a toujours des mailles dans un filet qui s’étire d’une province à l’autre, voire d’un état à l’autre. Comment éviter le piège?

La réponse est simple: avec la bonne vieille inspection, encore une fois.

Il y a toujours moyen de faire l’acquisition soi-même d’un VGA, qu’il provienne des États-Unis ou qu’il soit 100% québécois. Le plus gros recycleur du Québec, LKQ Pintendre, en affiche d’ailleurs au moins une centaine dans son site Internet, de la petite Toyota Yaris à la grosse camionnette Ford, en passant par des BMW Série 3, des Mercedes-Benz Classe M et des Acura TL.

«Pour bien faire, dit cependant l’avocat Jean-François Cavanagh, lui-même acheteur de VGA depuis une décennie, mieux vaut confier le mandat de la reconstruction à un spécialiste.»

Et pas à n’importe quel spécialiste, dit-il encore: «Choisissez-en un qui a au moins une quinzaine de véhicules reconstruits en inventaire. Ça signifie qu’il roule, donc qu’il possède une plus grande expertise.»

Aussi, le bon vieux bouche à oreille sera toujours efficace – bien plus que le fait de piger, au hasard des petites annonces, un reconstructeur qui n’a pas pignon sur rue et qui vous donne rendez-vous dans un stationnement tout ce qu’il y a de plus anonyme

Les experts interrogés nous disent que la meilleure aubaine à obtenir, du côté des VGA reconstruits, se trouve du côté des véhicules de luxe.

Et pour cause: remettre à neuf un Mercedes-Benz GLK qui a «frappé» représentera sensiblement le même coût en main d’oeuvre que pour une Honda Civic, mais ce coût sera proportionnellement moins important versus la valeur qu’on pourra ensuite en tirer.

Daniel Laflamme, de ED Autos de Sainte-Marie en Beauce, dit reconstruire de 150 à 200 véhicules par année. Selon lui, le consommateur peut économiser jusqu’à 20%, considérant les prix de véhicules similaires sur le marché de l’occasion non reconstruite. L’avocat Jean-François Cavanagh parle même de 30%.

Il faut cependant savoir que cette économie se traduira par une équivalente diminution de la valeur de revente. Vous souhaitez conserver et user votre reconstruit jusqu’à la corde? Cette équité moindre ne vous touchera pas.

Il faut aussi savoir que les garanties encore valides (s’il y a lieu) ne sont plus honorées par les constructeurs dans le cas de reconstruits. Mais encore là, celui ou celle qui roule, en kilomètres, deux ou trois fois plus que la moyenne québécoise, n’y verra pas d’inconvénient, car de toute façon, il ou elle n’aurait rapidement plus eu droit à ces garanties.

Notez que vous auriez avantage à acheter d’un reconstructeur qui détient un permis de vente automobile; vous vous assurez ainsi de profiter de la généreuse Loi sur la protection du consommateur, advenant un pépin.

Justement, est-ce que l’OPC reçoit une tonne de plaintes pour les reconstruits? «Au contraire, on enregistre très peu de plaintes», dit le porte-parole, Réal Coallier.

La question qui tue: Est-ce que le jeu en vaut la chandelle?

«Oui, vous dira Jean-François Cavanagh, fort de son expérience d’une décennie comme acheteur de VGA. Mais c’est à condition de faire affaire avec de bons reconstructeurs, qui regardent quoi acheter, où ça a frappé et si ça vaut la peine de remettre à neuf.»

Car il y a des VGA auxquels on ne devrait pas toucher: «Par exemple, dit encore Jean-François Cavanagh, un tableau de bord, c’est presque impossible à réparer. Et personnellement, je ne vais jamais dans le reconstruit à traction intégrale; l’intégrale, c’est très difficile à réparer.»

D’autres experts nous ont aussi dit: Pas touche aux VGA dont le moteur est affecté.

Enfin, un dernier écueil à envisager: les coussins gonflables explosés ont-ils été remplacés? Se faire montrer par le reconstructeur une facture d’un nouveau coussin gonflable ne veut pas nécessairement dire que ledit coussin a été installé… Et malheureusement, à moins de découdre l’intérieur du véhicule, il y a peu de moyens de s’assurer qu’ils l’ont bien été.

Jusqu’à ce que ça frappe à nouveau.