Les constructeurs ont beau nous dire que l’avenir de l’automobile est vert, ils ne réussiront pas à nous convaincre que la course aux chevaux-vapeurs est terminée pour autant. Prenez par exemple la Ford Taurus SHO et la Dodge Charger R/T, deux modèles un peu plus aiguisés que leur modèle d’entrée de gamme respectif, mais qui ont tout de même une vocation familiale. Ces deux grandes berlines américaines ont une puissance bien au-delà des 350 chevaux, une traction intégrale de série ou optionnelle, et même un écusson faisait référence au passé.

Il n’en fallait pas plus pour que nous organisions un duel qui intéresserait autant les mordus de Mopar que ceux qui ont l’ovale bleu tatoué sur le cœur. Le but de l’opération était bien sûr de connaître nos impressions sur ces deux modèles, mais aussi de savoir laquelle est la plus rapide en ligne droite sur le quart de mille, une donnée tellement utile par les temps qui courent. Quoi? On a bien le droit de s’amuser un peu, non?

Deux constructeurs, deux approches, me direz-vous! Si la Charger reprend beaucoup d’éléments visuels au modèle de 1970, la Taurus SHO n’a de rétro que le nom qui fait référence à la première du nom apparue en 1989. Avec son immense feu arrière et ses découpes dans la carrosserie, la Charger a un look plus affirmé que la Taurus. On aime ou pas, c’est tout! Il y a aussi cette immense grille de calandre chromée à l’avant, sans oublier ce capot redessiné plus agressif qu’auparavant. Du beau travail!

De son côté, la SHO est résolument plus moderne, cette dernière adoptant le museau utilisé à toutes les sauces chez Ford, le fameux « Kinetic Design ». Avec la fenestration réduite et, du même coup, cette ligne de caisse surélevée, la Taurus SHO est très imposante, surtout avec ces énormes jantes de 20 pouces – la R/T AWD n’a droit qu’à des 19 pouces. Quant à la partie arrière, c’est moins original, mais bon, une voiture ne peut être parfaite. Notez que nous avons dénoté une qualité d’assemblage peu uniforme au niveau du coffre, ce dernier n’étant pas aligné correctement avec les ailes. La qualité de finition extérieure de la Charger a été jugée supérieure dans ce cas-ci.

Nous avons affaire à deux grandes berlines américaines. L’espace se doit donc d’être généreux partout dans l’habitacle. Malheureusement, la partie centrale du tableau de bord de la Taurus est un peu trop gênante à mon goût. Dans une telle voiture, je m’attendais à plus d’espace pour les jambes, surtout à l’avant. La qualité des matériaux est dans la bonne moyenne, mais il y a tout de même des irrégularités quant à l’agencement de certaines textures. Si vous détestez les boutons, sachez que la Taurus 2013 va recevoir le même traitement « sans bouton » déjà aperçu dans le Edge, notamment. La visibilité n’est pas la force de cette berline, idem pour la Charger d’ailleurs qui fait un peu mieux, sans plus. Malgré tout, cette Taurus SHO nous a séduits par la mollesse de ses sièges – chauffants, ventilés et vibromasseurs, excusez-moi pardon – pourvus d’un meilleur support latéral. À l’arrière, les passagers ne manqueront pas d’espace.

La planche de bord de l’ancienne Charger était parmi les plus laides et les plus mal foutues de l’industrie. Il semble que les millions injectés dans cette nouvelle mouture ont porté fruit puisque le dessin de cette dernière ne révolutionne peut-être rien, mais il est à des années-lumière de la précédente. Non seulement le caoutchouc utilisé est mou et de belle facture, mais la présentation est plus gaie qu’auparavant. Et que dire de l’écran tactile qui équipait notre modèle à l’essai. Personnellement, je déteste les écrans difficiles à manipuler et celui de Dodge est d’une simplicité exemplaire. Chapeau aux concepteurs!

Ici aussi, la sellerie est molle, mais la Charger a déçu pour son manque de support. À défaut d’offrir des sièges ventilés à l’avant comme dans la Taurus, la Charger est munie de porte-gobelets chauffants et réfrigérés à l’avant. Et croyez-moi, ils fonctionnent à merveille : le café demeure chaud et la barbotine reste glaciale. Finalement, à l’arrière, c’est équivalent à la Taurus pour l’espace.

C’est vraiment à ce niveau que notre test d’accélération s’est joué. D’un côté, le bon vieux V8 HEMI de 5,7-litres coté à 370 chevaux et 395 lb-pi de couple était opposé à un moteur résolument plus moderne, le V6 3,5-litres Ecoboost biturbo de 365 chevaux et un couple de 350 lb-pi. Jusqu’ici, ces chiffres laissaient présager une chaude lutte. Même le rapport poids/puissance était quasi identique dans les deux cas.

Le huit-cylindres de la Dodge est toujours aussi musical, tandis que son système de désactivation des cylindres permet aussi de sauver quelques sous à la pompe. Face à cela, le V6 de la Ford est plus silencieux à vitesse de croisière, mais une fois la pédale d’accélération bien enfoncée, il faut avouer que le son n’est pas désagréable du tout, surtout avec le souffle des deux turbos. Les changements de rapport sont aussi plus rapides du côté de la Ford, cette unité comptant 6 rapports, un de plus que dans la Charger.

Sur la route, c’est la Dodge qui s’est avérée la plus plaisante à conduire. Non seulement, le son envoûtant du V8 vaut à lui seul l’expérience, mais les améliorations apportées à la Charger (suspension plus ferme, direction moins floue et volant de plus petite taille) font de la Dodge une voiture plus facile à vivre au quotidien.

Nous avons donc choisi de tester les deux berlines lors de la soirée Dragnights au complexe ICAR. Cet événement permet aux mordus de cette discipline en ligne droite de se réunir dans un environnement sécuritaire tous les jeudis soirs en plus des samedis soirs, de 18h à 22h, pour la modique somme de 15$. Notre plan était bien simple : effectuer 3 passages dans chaque voiture pour un total de 6 en tout par voiture. Le tracé des Dragnights fait un quart de mille de long, ce qui est amplement suffisant pour voir de quoi sont faites ces grosses berlines américaines.

Comme vous pouvez le constater, la Charger R/T n’a jamais réussi à passer devant la SHO, et ce, malgré un départ manqué de la SHO. En ligne droite, la Ford est tout simplement supérieure. Est-ce que cette statistique est suffisante pour nous faire pencher du côté de la SHO? La réponse est non. La Charger R/T est non seulement plus drôle à conduire au quotidien, sa consommation est équivalente ou moindre à la Ford, et en plus, elle commande plus de 10 000$ de moins à l’achat. Voilà tout de même un argument massue.

Sympatico Autos tient à remercier le complexe ICAR pour sa piste d’accélération, ainsi que Simon Trudeau, notre pilote essayeur d’un jour.