Depuis que la Volkswagen GTI est venue révolutionner le monde des sportives compactes à la fin des années 70, les autres constructeurs ont toujours cherché à imiter la petite bombe germanique pour séduire cette nouvelle clientèle avide de performances abordables. Une de ces voitures était la Honda Civic Si, que ce soit en configuration bicorps, coupé ou berline.

En 2012, les deux constructeurs reviennent avec de nouvelles versions à 4 portes de leurs modèles épicés. Et puisque les autorités policières de notre Belle Province ont le mandat de s’attaquer aux conducteurs qui privilégient une conduite dynamique, il est devenu plus sage d’opter pour un modèle discret. Voici donc un test comparatif hivernal avec deux des secrets les mieux gardés de l’industrie, la Honda Civic Si berline et la Volkswagen Jetta GLI.

Ne pas attirer l’attention
Il n’y a pas à dire, les deux berlines fournies pour ce duel hivernal jouent la carte de la sobriété. La Volkswagen GLI est une Jetta – déjà une voiture anonyme depuis sa refonte – auquel on greffé des bas de caisses légèrement plus agressifs sur les flancs, en plus de cette lèvre supplémentaire à la base du pare-chocs avant. Évidemment, ce dernier est aussi agrémenté des trappes d’aération plus imposantes de la GTI et d’une grille de calandre cintrée de deux bandes rouges et de l’écusson GLI. Notre modèle à l’essai était équipé des jantes de base de 17 pouces de diamètre exclusives au modèle, mais nous aurions tout de même préféré les jantes optionnelles de 18 pouces beaucoup plus jolies.

De son côté, la berline Civic Si de couleur anthracite n’était guère plus jojo à regarder. D’un point de vue personnel, je préfère la berline au coupé pour son côté pratique, mais également pour son pare-chocs avant qui se fond mieux au design de la voiture japonaise. À l’arrière, le pare-chocs différent de la berline régulière incorpore mieux le pot d’échappement élargi. Ajoutez les jantes de 17 pouces qui sont aussi exclusives au modèle Si, l’autocollant VTEC latéral et l’écusson Si dans la grille de calandre noire et vous venez de faire le tour de cette Civic vitaminée.

Essai de la Honda Civic Si 2012

Intérieur : ambiance à peine relevée
D’accord, le manteau de ces deux berlines n’est pas très expressif. On peut dire que cette règle s’applique aussi à l’habitacle,
parce que là aussi, on est loin du côté excentrique du Nissan Juke, par exemple.

La Civic Si conserve le tableau de bord à deux niveaux des autres versions et la qualité du plastique ne change pas – désolé la Civic demeure une voiture économique. Le système de divertissement orienté vers le conducteur est un plus, mais la petitesse des boutons fait rager et il serait grandement temps de revoir la qualité de l’affichage sur cet écran. Heureusement, on n’achète pas une berline sport pour son système de navigation. Une Si a droit à deux sièges sport en tissu à l’avant qui offrent un support latéral plus imposant, mais il manque l’option de réchauffer le postérieur, un désavantage par rapport à la GLI. Le volant est un charme à prendre en main, mais face à celui de la GLI, il manque d’adhérence, tandis que le pommeau du levier de vitesse a simplement été adoré, plus facile à prendre en main que celui de la GLI. À ce niveau bien sûr, c’est tout de même une question de goût.

De son côté, la GLI semble plus cossue que la Honda, à cause de cette sellerie mi-tissu mi-similicuir et cette planche de bord matelassée exclusive à ce modèle. Puis, il y a ce volant digne d’une Audi qui fait en sorte de rehausser l’expérience de conduite. Pour revenir au tableau de bord « mou », il serait souhaité que le restant de la gamme y ait droit. Les sièges sport à l’avant ont été appréciés pour leur confort supérieur pour les longues randonnées. Quant au volume intérieur, il est clair que l’allemande a l’avantage sur sa rivale, à l’exception peut-être du plancher plat pour les passagers des places arrière de la Civic Si. 

Si ces deux berlines n’offrent pas trop de fla-fla au niveau de l’emballage, elles se reprennent assez bien au chapitre de la mécanique. La GLI reprend à la lettre l’excellent 4-cylindres turbocompressé à injection directe de 2,0-litres d’une puissance de 200 chevaux et un couple de 207 lb-pi. Bien entendu, ce moteur travaille de concert avec une transmission manuelle à 6 rapports, même s’il est possible d’opter pour une unité automatique à double embrayage qui accomplit de l’excellent boulot également.

Chez Honda, l’ancienne mécanique 4-cylindres de 2,0-litres à aspiration normale a été délaissée pour un engin plus gros, soit le moteur de base de l’Acura TSX. Le 2,4-litres, lorsqu’il est gavé d’essence suprême, offre une puissance équivalente à la Jetta, soit 201 chevaux, mais doit s’avouer vaincu en ce qui a trait au couple maximal disponible qui se limite à 170 lb-pi.

Remarquez, ce changement de philosophie pour la Si va normalement déplaire aux puristes du modèle à cause de la vivacité de l’ancienne mécanique, mais en revanche, le plus gros moteur a un net avantage au niveau du couple, ce qui se traduit par des reprises bien plus acceptables à vitesse de croisière en sixième vitesse. Auparavant, il fallait jouer abondamment du levier de vitesse pour obtenir une réaction sous le capot.

Finalement, la Civic Si n’est livrable qu’avec une transmission manuelle à 6 rapports. Bien que celle-ci soit un modèle de facilité à manier, grâce à sa précision et sa légèreté, il faut admettre qu’une transmission automatique serait un argument de plus pour les vendeurs du constructeur.

Malheureusement, nous n’avons pas pu conduire ces deux berlines dans des conditions hivernales extrêmes. Malgré tout, un chemin sinueux et complètement glacé des Laurentides a été choisi pour découvrir laquelle des deux voitures était la plus compétente en situation hivernale.

La berline Civic Si n’a pas perdu de son caractère délinquant avec cette nouvelle motorisation. En effet, il faut encore faire grimper le moteur à des régimes stratosphériques et le son qui en ressort est plus que satisfaisant. De plus, la consommation d’essence est demeurée raisonnable malgré notre enthousiasme certain à conduire ces deux berlines. Avec le système antipatinage débranché, il fallait toutefois faire preuve de retenue sur le tracé de glace avec la Civic.

Face à cela, la Jetta GLI était beaucoup plus facile à piloter puisqu’il est désormais impossible de débrancher ce système sur tous les modèles de Jetta. Oui, c’est rassurant, mais ce dispositif empêche toute forme de patinage des roues avant, ce qui atténue le plaisir. Les habitués du modèle vont décrier cette caractéristique, c’est certain!

L’élément le plus attirant de la GLI provient de l’échappement retravaillé pour l’occasion. En effet, la Jetta GLI émet un son similaire aux 5-cylindres de la marque lors des accélérations et rappelle celui des moteurs boxer de Subaru lors des décélérations, tout le contraire de la GTI. Étrange, mais plaisant pour l’oreille, croyez-moi!

La direction est plus précise dans la Civic, un commentaire qui s’applique aussi au levier de vitesse, mais la Volks n’a pas à rougir à ce chapitre. Au niveau des suspensions, là encore, la Jetta nous est apparue plus confortable, tandis que le freinage était somme toute équivalent. Cependant, des bruits de caisse provenant de la suspension arrière de la Jetta ont toutefois assombri la feuille de pointage de celle-ci.


 
Dans le segment de la berline sport compacte abordable à traction avant, il ne se fait pas mieux à ce prix. Ce qui ressort de ce test comparatif, c’est que la Jetta GLI va assurément plaire à un public qui accorde plus d’importance au confort sans devoir être obligé de conduire une voiture monotone au quotidien.

La Civic Si est plus pointue comme voiture et représente une meilleure candidate pour accumuler les tours de circuits la fin de semaine venue. Malgré son insonorisation déficiente et cette abondance de plastique à l’intérieur, c’est celle qui procure les meilleures sensations au volant et dans cette catégorie, c’est souvent ce qui fait chavirer un consommateur d’un côté ou de l’autre. De toute manière, si vous regardez le pointage final plus bas, vous constaterez que la Si n’est pas très loin devant la GLI.

Sympatico Autos aimerait remercier Simon Trudeau qui a bien voulu essayer les deux berlines pendant une longue journée hivernale du mois de janvier, ainsi que Luc Gagné, le photographe qui a braver le froid sibérien pour capter ces clichés exclusifs.