L’analyse de produits General Motors demande un temps de réflexion. Voilà une compagnie qui a dominé l’industrie pendant des décennies sans voir son hégémonie menacée. Puis, elle s’est mise à produire des citrons. C’était sans conséquence; sa clientèle, qui ne jurait que par elle, les achetait.

L’amour ne rend-il pas aveugle?

Quelque part dans les années 90, certaines marques se sont mises à suffoquer. Oldsmobile, notamment, est disparue en 1998. Le futur de Buick faisait l’objet d’interrogations. Certains s’inquiétaient pour Cadillac.

Puis, l’Escalade a vu le jour en 1999. Le début d’un temps nouveau s’amorçait pour la légendaire bannière.

Il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis 15 ans. Cadillac a eu du succès avec sa CTS et son SRX, moins avec la XLR. On sentait néanmoins un vent de changement. Les produits que la bannière commercialisait jadis (STS, Eldorado et DTS-DeVille de ce monde) ont été relégués aux oubliettes. Une très bonne chose.

Au cours de ces années, une constante : l’amélioration de l’offre et de sa qualité inhérente. Les dernières créations du groupe, les ATS, CTS (nouvelle génération) et ELR, ne peuvent plus faire l’objet de railleries.

S’ajoute aujourd’hui à cette liste le nouvel Escalade.

Trois générations du modèle se sont succédé entre 1999 et 2014. On va s’entendre, c’est le côté tape-à-l’œil des premières qui a assuré leur succès, non leur qualité. Suffisait de monter à bord pour comprendre.

N’empêche, l’impact a été très fort. Depuis le premier Escalade, puis avec la première CTS en 2003, Cadillac a réussi à transformer et rajeunir son image, un geste essentiel à sa survie. Sa clientèle n’était pas éternelle.

Aujourd’hui, on ne parle plus d’un char de vieux. Lincoln travaille fort et rêve d’en arriver au même résultat, sans y parvenir; c’est vous dire.

L’année 2015 marque l’entrée en scène de la troisième évolution de l’Escalade. On peut enfin l’affirmer, il est arrivé à maturité. En substance, ça veut dire qu’on a plus de facilité à en vanter ses mérites qu’à en décrier ses failles, qu’on a moins tendance à rire en parlant de lui et qu’on va désormais le prendre au sérieux et le recommander lorsqu’un acheteur va nous demander conseil!

Il est clairement meilleur. Parfait? Non, quand même!

L’image de l’Escalade a toujours été sa force, pas sa qualité. L’actuelle génération voit la réunion de ces deux éléments.

Stylistiquement, le modèle a évolué et propose une allure plus pimpante, et même plus traditionnelle. Ces bandes verticales qui définissent les feux rappellent les grosses Cadillac des années 60 et 70. Une réussite sur toute la ligne. À l’avant, les phares et la calandre en imposent. Les formes carrées, omniprésentes, confèrent à l’Escalade son unicité. Même de profil, l’aspect de la boîte carrée séduit.

L’accès à bord est facilité par un marchepied qui fait un Houdini de lui-même en disparaissant sous le véhicule lorsque les portières sont fermées. Une fois à l’intérieur, on constate une nette amélioration dans la qualité de construction : les matériaux sont de meilleure facture, la présentation s’est ennoblie, l’environnement est riche. L’insonorisation est quant à elle notable.

De quoi mieux faire avaler la facture.

Ceux qui détestent les commandes tactiles vont cependant rager alors que la console centrale en est la définition même. Cette dernière cache le système CUE (Cadillac User Experience), un système multifonction capable de rendre fou. En fait, il faut mettre beaucoup de temps pour en comprendre les subtilités. Le carnet qui en décrit le fonctionnement fait 132 pages!

Quant à la qualité d’assemblage, même si le pas en avant est significatif, nous avons noté certaines irrégularités. Par exemple, un fil responsable du fonctionnement électrique du hayon pendait inutilement à l’arrière. Au rabattage électrique des banquettes, le frottement de ces dernières nous empêchait d’obtenir une surface plane. La vitre du hayon, ouvrable individuellement, n’émet pas un son rassurant à la fermeture. Bref, certains éléments laissent planer un doute.

Dans ce créneau, l’acheteur n’aime pas les doutes.

L’Escalade reçoit trois habillages. Le modèle standard est offert au prix de 79 900 $ et comprend une liste d’équipement complète, dont la suspension adaptative Magnetic Ride, le volant chauffant et la chaîne audio Bose à 16 haut-parleurs. La sélection du modèle Luxury ajoute 5600 $ à la facture et comprend le toit ouvrant, les roues de 22 pouces et une kyrielle d’aides à la conduite allant de l’avertisseur de changement de voie à la prévention des collisions frontales. Fait amusant, cette édition profite également d’un système de prévention contre le vol.

L’Escalade a toujours plu aux malfaiteurs.

Enfin, le modèle Premium, à 90 500 $, donne accès au système de divertissement et à d’autres caractéristiques de sécurité comme le freinage automatique et le régulateur de vitesse adaptatif, entre autres.

Certaines options peuvent aussi être livrées individuellement.

Selon Cadillac, 55 % des acheteurs opteront la version Premium.

Sous le capot loge un V8 de 6,2 litres de 420 chevaux et 460 livres-pieds de couple. Oui, ça avance, oui ça consomme. Cependant, sur l’autoroute et à vitesse stable, la désactivation fréquente de quatre des huit cylindres aide grandement. Il est possible d’obtenir une consommation oscillant autour de 11 litres aux 100 kilomètres. En ville, ajoutez au moins cinq à sept litres.

L’Escalade de troisième génération reçoit aussi un nouveau système à quatre roues motrices dont le conducteur peut choisir lui même le type de traction désiré. En sélectionnant les réglages plus fermes de la suspension, on peut même s’amuser à piloter l’Escalade. Évidemment, ce n’est pas une Corvette, mais le V8 nous procure des frissons.

En tout point, le Cadillac Escalade est un meilleur produit qu’il ne l’était. Sa facture a diminué cependant que son niveau d’équipement a été rehaussé. À bord, la qualité est supérieure à ce qu’elle n’a jamais été.

On doit donc parler d’une réussite, malgré la présence de quelques irritants.

Chose certaine, Cadillac va en vendre. Le bling-bling, c’est toujours séduisant.

La bonne nouvelle, c’est que l’Escalade est désormais plus que ça.