Santa Barbara, Californie – Pour la énième fois au cours des dernières années, Lincoln introduit un modèle qui porte une mission de taille, soit celle de relancer la bannière. Car, disons-le candidement, ce ne sont pas les MKS, MKX ou MKT qui ont réussi à le faire.

La berline MKZ, introduite l’an dernier, remporte un peu plus de succès. Lincoln compte notamment sur son arrivée en Chine, là où elle souhaite faire une percée importance.

N’empêche, les résultats se font attendre. En fait, ça commence à presser.

D’où l’importance du modèle que nous sommes allés essayer, le MKC. Une bonne partie de la relance passe par ce dernier.

Le petit nouveau a-t-il les atouts pour remplir son mandat ?

Dans le marché du véhicule de luxe, tout est une question d’image. Nombre d’acheteurs veulent un produit luxueux, mais achètent davantage le logo qui repose à l’avant que le produit en tant que tel. Un propriétaire de BMW risque de vous dire qu’il s’est acheté un BMW avant de vous mentionner de quel modèle précis il s’agit.

Je ne dis pas ça péjorativement ; c’est une réalité qui démontre la force d’une image.

À l’heure actuelle, l’image de Lincoln n’a pas ce statut. Aux yeux des consommateurs, c’est une marque de luxe, oui, mais très associée à Ford. Pour eux, les Lincoln, ce sont des Ford plus luxueuses, en quelque sorte.

La grande responsable de cet état de fait, c’est Lincoln elle-même. L’entité a trop longtemps proposé aux acheteurs des produits Ford… endimanchés. La réalité d’aujourd’hui exige une approche différente.

En créant la Lincoln Motor Company l’an dernier, un geste ayant pour but de prouver à la planète l’indépendance de la division, on a fait un premier pas dans la bonne direction.

La suite des choses exige la commercialisation de produits qui se distinguent clairement de leurs « cousins » décorés d’un ovale bleu. C’est la deuxième étape, le deuxième pas en avant.

Le MKC s’inscrit dans cette mouvance.

Bien qu’il partage son architecture avec d’autres produits de la marque, dont l’Escape, le MKC possède une identité propre. Son allure le différencie clairement des autres produits de la famille.

D’ailleurs, à bord, on y retrouve une signature Lincoln ainsi qu’un niveau de qualité qui rehausse la barre d’un cran. Sous le capot, l’un des deux moteurs du MKC est flambant neuf et pour l’instant, exclusif à la bannière.

Enfin, au niveau du comportement, là aussi, le MKC ne peut être comparé ; il possède, j’y reviens, son propre ADN.

Il y a quelques années, l’acheteur moyen d’un produit Lincoln avait 66 ans. Le virage jeunesse entrepris a donné quelques résultats, si bien que cette moyenne a chuté d’une dizaine d’années. L’objectif, c’est de la rajeunir d’un autre 10 à 15 ans.

Le fait que le styliste du MKC, Dillon Blanski, ne soit âgé que de 30 ans, en dit beaucoup sur le sérieux des intentions de la compagnie envers cet objectif.

Le résultat de son travail est concluant. Les lignes du MKC, bien qu’elles respectent la signature de la marque, sont résolument plus modernes, plus actuelles. Elles sont aussi fortement inspirées de modèles concurrents, notamment du Audi Q5 pour ce qui est de la partie arrière. À l’avant, de profil, un regard nous fait voir une certaine ressemblance avec le Tiguan.

On ne peut reprocher à Lincoln d’emprunter une recette qui fonctionne ; le Q5 d’Audi est la référence, l’ennemi à abattre.

Par définition, le produit de luxe se doit d’offrir un environnement riche. Le MKC n’y échappe pas et livre la marchandise. La sélection des matériaux a fait l’objet d’un travail méticuleux. Par exemple, les cuirs sont signés par un partenaire de longue date de la marque, la firme écossaise Bridge of Weir Leather. Les boiseries et autres revêtements d’appoint possèdent aussi une sensation premium.

Les sièges, de leur côté, se veulent exceptionnellement confortables. Ne leur manque qu’une assise plus longue pour bien soutenir les jambes. Il va sans dire, ils sont chauffants ET ventilés. La position de conduite, elle, se trouve facilement grâce aux nombreux ajustements possibles de la position du siège et du volant.

À l’arrière, le niveau de confort est bon. L’espace, juste correct.

La connectivité, quant à elle, est assurée par une kyrielle d’applications qui rendent symbiotique la relation entre le propriétaire et l’objet. Outre les fonctions déjà connues à cette adresse s’ajoutent celles de l’application MyLincoln Mobile. Le cellulaire permet désormais de verrouiller ou déverrouiller son véhicule à distance, démarrer le moteur ou en programmer le démarrage, procéder au repérage de son véhicule et s’informer de son état de santé, que ce soit du niveau de son réservoir d’essence ou de celui de la pression de ses pneus.

Considérant la relation maladive qu’entretiennent certaines personnes avec leur téléphone, voilà une application qui pourrait faire un tabac. Lincoln souhaite certainement créer une dépendance au MKC…

L’une des mécaniques du MKC est bien connue. Il s’agit du 4-cylindres de 2 litres EcoBoost. Ce dernier sera proposé dans chacune des trois versions du modèle, soit Premiere, Select et Reserve. Sa puissance se chiffre à 240 chevaux et 270 livres-pieds de couple.

L’autre moulin est un 4-cylindres de 2,3 litres EcoBoost qui avance une puissance de 285 chevaux et un couple de 305 livres-pieds.

Deux remarques ici. Ces résultats ont été obtenus avec une essence à indice d’octane élevé de 93. Le carburant recommandé pour le véhicule est à 87 d’octane. En conséquence, attendez-vous à ce que certains des chevaux annoncés soient grippés à l’accélération. Pour un rendement optimum, un carburant à indice d’octane de 91 ou plus élevé vous donnera un meilleur rendement.

Si j’étais propriétaire d’un MKC, je le gaverais d’essence super.

Aussi, vous aurez remarqué que la différence de puissance n’est pas si énorme entre les deux mécaniques. À l’usage, ça se confirme. En fait, le plus gros moteur livre une expérience qui se rapproche davantage de celle d’un V6. À la consommation, l’écart entre les deux demeure minime. On parle d’une moyenne de 10,9 litres aux 100 kilomètres pour le plus petit, 11,2 litres pour le plus gros.

À propos de ce dernier moteur, il est livrable sur la version Reserve uniquement.

Quant à la transmission automatique à six rapports, on la retrouve partout, tout comme le rouage intégral, de série pour tous les modèles.

Pour aller jouer dans la cour des Audi Q5 et Mercedes-Benz GLK de ce monde, il faut proposer un produit au rendement aussi confortable que dynamique. Surprise, Lincoln le fait.

Côté confort, il n’y avait pas lieu d’être inquiet. Côté sportif, disons que les preuves restaient à faire. Pour réussir, le constructeur s’en est remis à la technologie qui permet des ajustements au niveau du moteur, de la suspension et de la direction. Il y a trois modes de conduites : Confort, Normal et Sport. Au démarrage, on se trouve en mode Normal, là où l’expérience est plus feutrée qu’autre chose. Lorsqu’on appuie sur le commutateur S, le tempérament du véhicule change instantanément. La direction se raidit, le régime moteur devient plus nerveux et les suspensions passent en mode attaque. Sur les routes sinueuses, l’expérience est probante. Ceux qui veulent pousser leur MKC trouveront chaussure à leur pied.

En revanche, sur l’autoroute, le mode Normal convient parfaitement. En mode Confort, on a l’impression de profiter d’une suspension reposant sur des guimauves.

En somme, on se plaît au volant du MKC. Voilà qui n’a pas été dit souvent à propos d’un produit Lincoln au cours des dernières années.

C’est de bon augure.

Lincoln joue gros avec son petit MKC. Seulement, cette fois, l’approche est bonne. D’abord, on a opté pour un design branché, nettement plus attrayant pour la clientèle visée. Ensuite, on s’immisce dans un segment qui ne cesse de gagner en popularité. Enfin, le produit est bon.

La combinaison de ces trois facteurs devrait permettre à Lincoln d’enfin faire un pas significatif en avant.

Tout ça repose cependant sur un impondérable : la réaction des consommateurs.

Au moins, cette fois, on ne pourra pas blâmer Lincoln.

Prix :

2 litres Premiere : 39 940 $
2 litres Select : 42 200 $
2 litres Reserve : 47 700 $
2,3 litres Reserve : 49 650 $