Dans une ère où l’Amérique du Nord ne s’intéresse plus du tout aux voitures familiales conventionnelles, le constructeur Subaru se démarque depuis maintenant vingt ans avec l’Outback. Cette formule pourtant simple, qui consiste à prendre une Legacy familiale pour lui donner un look plus aventurier et une meilleure garde au sol, n’a pourtant été reprise que par quelques rares constructeurs, soit Audi (Allroad) et Volvo (XC70). Et même si American Motors (avec la Eagle 4×4) a véritablement été précurseur dans le domaine, on se souvient néanmoins de Subaru comme étant le tout premier.

Pour 2015, la firme nippone nous revient donc avec une cinquième génération qui, une fois de plus, demeure extrêmement fidèle à la tradition. Subaru demeure d’ailleurs, et notamment grâce à l’Outback, le constructeur ayant l’une des plus fortes rétentions de clientèle, spécifiquement parce qu’on propose depuis longtemps, un produit gagnant qui ne se démode pas.

Subaru a donc choisi la région de St-John’s, à Terre-Neuve, pour nous initier au modèle qui demeure encore aujourd’hui, le porte-étendard de la marque. Bien évidemment, cette expérience Outback a d’abord débuté par une présentation technique où l’on pouvait découvrir un premier lieu, une voiture certes évolutive, mais drôlement plus jolie que sa devancière. D’ailleurs, le design discutable du modèle de précédente génération faisait partie des faiblesses les plus importantes répertoriées par la clientèle. Ainsi, même en conservant une ligne qui dévoile tout de suite son identité, on a su améliorer plusieurs points stratégiques de cette carrosserie pour la rendre non seulement plus moderne, mais aussi plus élégante.

D’emblée, la partie avant est sans contredit un point mieux réussi que sur l’ancien modèle, notamment grâce à cette grille trapézoïdale, ses blocs optiques plus élégants ainsi que ce capot à nervure. Les traditionnels phares antibrouillards circulaires, l’imposant porte-bagages, les bas de caisse de plastique et la très belle intégration de ce nouveau becquet arrière viennent pour leur part renforcer le côté aventurier du modèle, qui s’était peut-être un peu perdu au cours des dernières années.

Les propriétaires d’Outback ont aussi fait part de leur mécontentement en matière de finition et d’équipement. On le dit depuis toujours, les produits Subaru sont toujours très conservateurs, et il en va de même pour l’équipement de série. On s’est donc efforcé d’améliorer certains éléments aujourd’hui cruciaux, notamment en matière de connectivité et de divertissement. Les nouvelles Outback profitent donc d’un nouveau système mains libres et d’une multitude de fonctions en matière de connectivité, empruntées à Toyota. La qualité sonore des systèmes audio a aussi été améliorée, grâce à l’aide d’Harman Kardon.

Le conducteur profite également de série d’un siège à dix niveaux de réglage, d’une instrumentation moderne avec écran multifonction à éclairage électroluminescent, de la radio satellite et de la caméra de recul. Bien sûr, en montant en gamme, on obtient la navigation, la sellerie de cuir et même, le fameux système EyeSight (détecteur de changement de voie, régulateur de vitesse adaptatif, système de précollision, etc…). Malheureusement, les amateurs de gadgets devront inévitablement opter pour les modèles les plus cossus, avec option du système EyeSight, pour bénéficier de l’accès et du démarrage sans clé. Comme quoi, en matière d’équipement, Subaru n’est pas encore aussi généreux que Kia…

En revanche on profite pour 2015 d’un habitacle drôlement plus riche en matière de confort et de finition, notamment au niveau des sièges qui proposent plus de maintien ainsi qu’une meilleure latitude au niveau des ajustements. Les matériaux sont également de plus belle facture, puisqu’on s’est notamment efforcé d’éliminer en grande partie la présence de plastiques rigides, ou encore de tissus bon marché qui faisaient mal paraître les précédents modèles d’entrée de gamme.

Bien sûr, le fait que le Forester se soit embourgeoisé, en offrant plus d’espace et de confort, engendre un risque de chevauchement de la clientèle avec l’Outback. Néanmoins, cette dernière continue de se défendre en offrant plus de confort, mais aussi, plus d’espace intérieur. Le volume du coffre a d’ailleurs été augmenté, tout comme l’espace et le dégagement des places arrière. Puis, histoire de faciliter l’utilisation de l’espace cargo, on a placé dans les parois du coffre des poignées permettant d’abaisser automatiquement les dossiers de la banquette, en plus d’ajouter l’ouverture/fermeture automatique du hayon. Encore une fois, ces gadgets sont communs chez d’autres constructeurs depuis belle lurette, mais Subaru s’adapte néanmoins en améliorant la polyvalence de son produit.

Sans surprise, on nous revient chez Subaru avec le quatre cylindres de 2,5 litres, un moteur amélioré à plusieurs niveaux, afin de réduire la vibration et d’améliorer le couple et la consommation de carburant. La puissance demeure néanmoins similaire à l’ancien modèle, avec 175 chevaux. À notre grande surprise, Subaru conserve la proposition d’une boîte manuelle à six rapports sur les modèles de base et Touring, alors que cette dernière n’est tout simplement plus offerte chez nos voisins du sud. Voilà une initiative intéressante de Subaru Canada, qui considère le fait que certains choisissent la marque spécifiquement parce qu’on persiste à offrir ce type de boîte.

Autrement, l’automatique à variation continue est de retour. Cette dernière est aussi offerte avec le puissant six cylindres de 3,6 litres, préalablement jumelé avec une boîte automatique à cinq rapports. Elle permet aujourd’hui d’améliorer de façon marquée la consommation d’essence, qui malheureusement, demeure plutôt élevée (autour des 13 l aux 100 km en moyenne).

D’ailleurs, à l’ère où les moteurs six cylindres disparaissent de plus en plus du paysage, il est curieux que Subaru ait choisi cette option plutôt que d’offrir ce magnifique et frugal quatre cylindres turbocompressé de 2,0 litres, qui transforme notamment le Forester XT en un véhicule hyper performant, et extrêmement dynamique. Il faut dire que le poids considérable du six cylindres engendre un certain débalancement du véhicule par rapport au quatre cylindres, ce qui modifie de façon notable l’agilité de la voiture. Cela dit, soyez sans crainte, l’Outback demeure une voiture maniable et très agréable à conduire, proposant non seulement un rouage intégral extraordinaire (avec gestion active du couple), mais aussi un châssis nettement efficace que par le passé. Désormais, on sent la voiture plus solide, mieux ancrée au sol et toujours parée à composer avec les pires conditions routières. Les habitués remarqueront également une nette amélioration au niveau de la direction, désormais dotée d’un système d’assistance électrique, ce qui permet d’obtenir plus de précision tout en éliminant du poids.

Dans une présentation des plus stéréotypée, les gens de Subaru ont évidemment mentionné que l’acheteur type d’une Outback était amateur de kayak, de plein air, de ski, bref, de tout ce qui contribue à rehausser l’image d’un produit… comme l’Outback ! Il leur fallait ainsi nous prouver que la voiture est capable de composer avec les pires conditions routières, ce qui nous a amenés à circuler sur un sentier où plusieurs n’oseraient même pas s’aventurer avec un Jeep Wrangler. Parsemé de grosses roches, de boue, d’eau et de pentes abruptes, on a ainsi pu découvrir l’efficacité du système X-Mode. Ce dernier vous permettra par exemple d’optimiser la traction sur des surfaces inégales ou difficilement praticables, en plus d’offrir le contrôle de descente en pente. Lorsqu’activé, vous pouvez ainsi descendre une côte abrupte en ne touchant ni aux freins ni à l’accélérateur. Il ne vous reste qu’à contrôler le volant!

Hélas, l’exercice a aussi prouvé que l’Outback, malgré ses angles d’attaque surprenants et son rouage intégral magnifique, demeure une voiture de tourisme. Les pneumatiques qui l’équipent sont conçus pour la route, et disons que certaines roches très coupantes ont eu raison d’eux…

Mis à part le fait qu’on ne puisse bénéficier du moteur 2,0 litres turbocompressé avec cette voiture qui, pourtant, se situe au sommet hiérarchique de la marque, il est difficile de lui reprocher quoi que ce soit. Seule dans son mode, elle continuera d’attirer de nombreux adeptes qui apprécieront sans doute son design plus gracieux, son confort rehaussé, son meilleur dynamisme de conduite et les quelques nouveaux gadgets qu’on lui a greffés. De là à dire qu’il s’agit d’une révolution, certainement pas, mais Subaru a fait ses devoirs comme il le fallait, en prenant une direction qui fera honneur à la réputation que l’Outback traîne avec elle depuis 1995…