Middleburg, Virginie — Vous aurez sans doute compris que la nouveauté de la Jetta 2015 se trouve là « où le regard ne porte pas…», pour paraphraser les bédéistes français Abolin et Pont. Car au premier coup d’oeil, le consommateur moyen confondra aisément les modèles du nouveau et de l’ancien millésime.

Le constructeur évoque un design amélioré, mais c’est beaucoup dire pour décrire les changements esthétiques subtils apportés à la calandre, aux antibrouillards, à la forme du couvercle du coffre, aux feux arrière et aux pare-chocs.

Le changement le plus évident serait l’apparition de blocs optiques avant à projecteurs bixénon jumelés à des feux de jour à chapelet de DEL. Mais encore, ces diodes électroluminescentes sont réservées à des versions cossues de la Jetta : les 1.8 TSI et 2.0 TDI Highline, de même que la GLI. Et de surcroît, pour en parer la voiture désirée, encore faut-il opter pour un ensemble optionnel dans chaque cas : l’ensemble Technology (2 495 $) pour les deux premières et l’ensemble Sport (2 150 $) pour la troisième. Bref, cette nouveauté risque de rester très exclusive en 2015.

En outre, pour améliorer l’efficacité aérodynamique de cette berline, Volkswagen a également doté les versions 1.8 TSI, 2.0 TDI et GLI d’un panneau inférieur recouvrant les éléments du rouage arrière, de même que d’ailettes de radiateur ajustables. Encore là, l’humble Jetta 2,0 L doit s’en passer…

La Jetta est sans doute la seule voiture compacte offerte au Canada pour laquelle son constructeur propose autant de moteurs différents. Le porte-parole de Volkswagen Canada, Thomas Tetzlaff, nous a décrit cet éventail de 4-cylindres ainsi : « le TDI Clean Diesel EA288 de 150 ch est un nouveau moteur; le TSI turbo EA888 de 1,8 litre à injection directe et 170 ch est un moteur relativement nouveau introduit en 2014 pour remplacer un 4-cylindres atmosphérique de 2,5 litres; le bon vieux 2,0 litres atmosphérique des modèles de base, lui, n’est certes plus très nouveau; le TSI de 1,4 litre, qui anime la Jetta hybride avec un moteur électrique, reste inchangé; enfin, il y a l’autre TSI turbo EA888, celui de la Jetta GLI, un 2,0 litres de 210 ch également reconduit sans modifications. »

La grande nouveauté de la Jetta 2015 est donc le moteur TDI. Ce turbodiesel de la nouvelle famille de moteurs MDB (pour Modular Diesel Matrix) a une architecture modulaire que partageront d’autres moteurs diesel promis pour le Canada. Il produit ses 150 ch, soit 10 de mieux que le TDI offert en 2014, entre 3 500 et 4 000 tours, alors que son couple de 236 lb-pi est atteint dès que le régime tourne à 1,750 tours.

Ce moteur, qui est jumelé à un échappement dont le catalyseur nécessite une solution d’urée appelée AdBlue (à renouveler au 15 000 km), produirait jusqu’à 40 % moins de rejets de particules polluantes, comparativement au moteur qu’il remplace. De plus, sa consommation sur autoroute aurait diminué d’environ 10 %, affirme le constructeur. En chiffre, dans le cas d’une Jetta TDI à boîte automatique, cela se traduit par des cotes de consommation en ville, sur autoroute et moyenne de 7,5, 5,3 et 6,5 litres/100 km. Des cotes établies selon la nouvelle méthode de calcul à cinq cycles (nettement plus juste) adoptée récemment par Ressources naturelles Canada.

À bord, les nouveautés sont aussi clairsemées. La plus évidente est ce nouveau volant et les cadrans, qui affichent des formes et une finition vaguement différentes. L’équipement de cette berline s’est enrichi d’une interface Bluetooth et d’une caméra arrière de série. Les sièges chauffants sont de série à partir de la Jetta 2.0 L Trendline+, une spécificité canadienne !

Au-delà de cela, toutefois, la Jetta 2015 ressemble beaucoup à l’ancienne — à part, bien sûr, pour ces moulures décoratives « noir piano » et l’éclairage nocturne qui enjolivent le tableau de bord des versions Highline… seulement.

Parlant d’exclusivités, la version 1.8 TSI Highline est la seule de la gamme à avoir dans sa dotation de série trois dispositifs d’aide à la conduite offerts pour la première sur une Jetta. Il s’agit de systèmes de détection d’obstacles dans les angles morts et de circulation arrière transversale, de même qu’un système d’alerte anticollision. Trois dispositifs qu’on souhaiterait voir devenir universels…

Ce qui ne change pas et dont tous les acheteurs de Jetta bénéficient, c’est le confort des sièges baquets, qui supportent très bien le corps même dans les routes sinueuses. Là où, justement, la suspension indépendante aux quatre roues (désormais commune à toutes les Jetta) procure un comportement prévisible et un roulement confortable. Un comportement d’autant plus rassurant que les freins à disque aux quatre roues (de série) se modulent aisément.

Cette berline compacte (Jetta hybride mise à part) dispose aussi d’un coffre volumineux aux formes pratiques. Un coffre qui a une ouverture large, mais courte, dont le seuil n’est pas trop gênant. Un coffre, aussi, dont la surface de chargement peut aussi être prolongée en repliant les dossiers asymétriques de la banquette arrière (de série aussi).

La Jetta est le produit Volkswagen le plus populaire au Canada. Presque la moitié des 62 668 véhicules vendus en 2013 était des Jetta. De ce nombre, le tiers a abouti au Québec, ce qui illustre une popularité qui se maintient depuis 2011 et qui permet à cette berline compacte de devancer la Ford Focus, la Nissan Sentra et la Dodge Dart (qui traîne loin derrière) sur l’échiquier des ventes.

La Golf occupe la seconde place au palmarès des ventes de la marque, suivie par la Passat et le Tiguan. Cependant, les chiffres de ces trois modèles les placent loin derrière la Jetta. Pas surprenant que le constructeur insiste tant sur la nouveauté de la version 2015 de cette vache à lait.

Avec sa silhouette de Passat miniature plutôt conservatrice, il faut l’avouer, la Jetta confirme l’existence de mondes distincts séparés par le 45e parallèle. En effet, c’est chez nous et pas aux États-Unis (chose peu commune) que le constructeur de Wolfsburg offre la Jetta la moins chère : un modèle de moins de 15 000 $.

La Jetta 2.0 L 2015 est cette berline bon marché offerte à partir de 14 990 $, ce qui donne 16 385 $ en incluant les 1 395 $ exigés pour le transport et la préparation (T & P). De son côté, Volkswagen of America, la filiale étatsunienne de laquelle relève la canadienne, offre la Jetta 2.0 S (la nomenclature des versions diffère chez nos voisins étatsuniens) à partir de 16 215 $ US, pour un total de 17 035 $ US en incluant les 820 $ US de T & P. En dollars étatsuniens, au taux de change actuel, la Jetta la moins chère se trouverait donc au Canada !

Cette stratégie de prix permet au constructeur allemand d’offrir chez nous une compacte au prix d’une sous-compacte. Un moyen efficace pour détourner l’attention d’acheteurs intéressés par des sous-compactes bon marché, comme la Hyundai Accent et ses rivales, tout en suscitant avec les versions mieux équipées un intérêt évident chez les acheteurs de berlines compactes — les Civic, Elantra, Corolla, Mazda3 et Cruze, entre autres, celles qui devancent la Jetta au palmarès des ventes.

Cette stratégie originale a réussi jusqu’ici à intéresser des acheteurs très différents avec essentiellement un seul produit équipé de nombreuses façons différentes. Une berline caractérisée par un éventail de prix très large, qui s’étale de 14 990 $, pour la Jetta 2.0 L la plus humble, à 36 890 $, pour la version hybride, avec trois autres modèles entre ces deux extrêmes : la Jetta 1.8 TSI (20 690 $), 2.0 TDI (23 890 $) et GLI (28 990 $). Pas surprenant que la Jetta soit si populaire !

Photos originales : Luc Gagné