En quelques années, presque tous les modèles de la marque Lincoln ont été remis au goût du jour. Presque tous, mais pas le Navigator, car sa version actuelle a été vue pour la première fois au Salon de Chicago, en février 2007. Mais c’est justement le modèle que préfigure le concept éponyme dévoilé aujourd’hui par Ford au Salon de l’auto de New York.

Ses concepteurs affirment s’être inspirés des voiliers et des yachts de luxe pour le réaliser. Un thème qui aurait influencé jusqu’à ses lignes épurées, mais aussi la peinture « bleu tempête » de sa carrosserie. Elle évoque vraisemblablement les nuances grises et bleues de l’océan et du ciel.

Il fallait cependant des éléments de design beaucoup plus percutants pour attirer l’attention des visiteurs du salon sur ce prototype annonciateur du Navigator 2018. Un besoin d’autant plus criant que Ford peine à vendre plus de 12 000 de ces mastodontes au Canada et aux États-Unis en un an (pendant que GM vend deux fois plus de Cadillac Escalade).

Pour y arriver, il suffisait de doter ce prototype d’imposantes portes-papillon et de marchepieds rétractables en accordéon, deux caractéristiques fantaisistes qui ne se retrouveront pas sur le modèle de série a admis David Woodhouse, le designer en chef de Lincoln, dans la cohue qui a suivi le dévoilement de ce concept à New York.

Par cette admission, M. Woodhouse signifiait simplement que ces portes spectaculaires (sans doute aussi un clin d’oeil à celles du Tesla modèle X) avaient un tout autre but : rendre l’habitacle bien visible. Car plus que l’extérieur, c’est l’intérieur de ce véhicule qui a de l’importance.

L’intérieur habillé de cuir bleu pâle et de teck recèle six sièges baquets « Perfect Position » offrant trente réglages différents de sorte à s’adapter à la morphologie de n’importe quelle personne. Comme dans les autres utilitaires Lincoln, le traditionnel levier de boîte de vitesses a été remplacé par une série de boutons poussoir peu ergonomiques. Dans ce prototype, on les a alignés horizontalement au centre d’un tableau de bord au style dépouillé.

Dans le coffre, on trouve aussi un système de rangement personnalisé, véritable garde-robe à multiples compartiments, servant à ranger des objets personnels lorsqu’on s’éloigne du véhicule. Enfin, Revel a mis au point une chaîne audio à la mesure d’un chef d’orchestre !

Pour les passagers des rangées médiane et arrière, on a prévu quatre écrans tactiles sophistiqués logés dans les appuie-tête et un système de Wi-Fi embarqué destinés à rendre les voyages plus agréables.

Sous le capot, par ailleurs, on retrouve une version biturbo du V6 EcoBoost de 3,5 L animant le Navigator depuis 2015. Ce biturbo produit plus de 400 ch, donc une vingtaine de plus que le moteur actuel.

Ce prototype dispose aussi d’un système offrant différents modes de conduite qui nuancent la direction, la suspension, le niveau de bruit, etc., pour adapter le comportement du véhicule aux habitudes du conducteur ou aux besoins du moment.

Le constructeur associe à ce prototype un niveau élevé de sécurité passive que procure une série de dispositifs d’aide à la conduite, à commencer par un système précollision avec détection de piéton utilisant des radars et des caméras qui balayent la route devant le véhicule.

Cette assistance précollision peut aussi aider les conducteurs à éviter les collisions arrière dans les manoeuvres de stationnement, et ce quelle que soit la vitesse.

Ford a également doté ce mastodonte d’un ensemble de caméras périmétriques simulant une vision à 360 degrés à vol d’oiseau, de même qu’un dispositif de stationnement assisté.

Le constructeur de Dearborn décrit ce prototype comme un « sanctuaire personnalisé qui allie confort et plaisir ». Une curieuse métaphore qu’un esprit malicieux pourrait associer à des lieux de rencontre peu fréquentables…

Naturellement, les gurus du marketing de Ford ne voient sûrement pas les choses ainsi. Mais les mots sont toujours sujets à interprétation. Un peu comme à l’époque où GM s’apprêtait à lancer son gros utilitaire Cadillac et que ses stratèges du marketing s’interrogeaient sur le bon nom à choisir : Escalade ou Escapade. Ils ont choisi le premier jugeant que les épouses des propriétaires de ces véhicules n’aimeraient guère de parler de « l’Escapade de leurs maris » !

Après tout, l’acheteur typique de l’utilitaire de Lincoln n’est pas très jeune. Son âge moyen tourne autour de 60 ans selon Carey White, le responsable du Marketing de ce véhicule (qui était interrogé sur le sujet par l’hebdomadaire Automotive News en septembre 2014). Voilà pourquoi le Navigator 2018 n’aura pas de porte-papillon. Cet acheteur a probablement des goûts plus traditionnels que celui qui opte pour un Tesla modèle X !