Il suffit parfois d’une inscription ou d’un renouvellement aux registres des marques de commerce pour que la presse automobile s’enflamme. Voilà justement ce qui s’est produit ces derniers jours lorsque la société De Tomaso Automobili Limited de Londres (oui, vous avez bien lu) a renouvelé l’enregistrement du logo représentant cette marque italienne tristement célèbre.

Cette marque, on en attend le retour depuis que la société Ideal Team Ventures (IDV) de Hong Kong en a fait l’acquisition, en 2015. Trois ans plus tôt, l’Italien Gian Mario Rossignolo, un vétéran de Fiat, avait vu sa tentative de la faire renaître, amorcée en 2009, s’évanouir devant les tribunaux à cause d’une sombre affaire de détournement de fonds publics.

Aujourd’hui, la marque éponyme fondée par le pilote de course argentin Alejando De Tomaso, en 1959, appartient à Sung Fung Choi, un homme d’affaires chinois de 47 ans.

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Visiblement passionné par les autos exotiques, Sung Fung Choi a également racheté Gumpert en 2016, un petit constructeur allemand de voitures de haute performance qu’il a rebaptisé Apollo Automobile Limited. Aujourd’hui, le siège social de cette entreprise allemande se trouve… à la même adresse londonienne que l’actuelle De Tomaso!

Surtout, le 24 août dernier, le Company House du Royaume-Uni, organisme chargé du contrôle des marques de commerce et des appellations d’entreprises, a confirmé le changement de nom demandé par le représentant d’IDV, faisant de l’Ideal Team Venture la nouvelle De Tomaso Automobili Limited.

Est-ce le signal de l’arrivée prochaine d’une nouvelle voiture de cette marque? Pour tout dire, on attend la réponse à cette question depuis janvier dernier: le site étatsunien autoguide.com suggérait alors que c’était sur le point d’arriver, en publiant des illustrations dénichées dans les archives de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).

Ces croquis représenteraient une future De Tomaso Pantera reprenant l’allure du modèle d’antan, mais depuis cette parution, et outre l’annonce du changement de nom de l’entreprise, c’était le statu quo.

Rappelons qu’Alejando De Tomaso a fondé son entreprise à la fin des années 1950 pour fabriquer des voitures de course. Il n’aura pas fallu attendre très longtemps toutefois pour qu’il se lance dans la production de coupés sport de haute performance en petite série.

Il y a eu d’abord la Vallelunga (photo ci-dessous); de 90 à 180 exemplaires de cette voiture auraient été fabriqués entre 1965 à 1967, selon l’historien Jan P. Norbye.

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Vint ensuite la Mangusta, dont le prototype a été dévoilé au Salon de Turin, en octobre 1966. Norbye estime qu’un peu plus de 400 exemplaires de ce coupé à l’allure singulière ont été produits entre 1967 et 1972 dans les ateliers du carrossier italien Ghia, dont De Tomaso avait pris le contrôle en 1967.

C’est la Pantera, toutefois, qui rendra la marque célèbre à l’échelle internationale et ce, pas à cause d’Elvis Presley qui en a possédé une

…mais bien grâce à Ford. En effet, une entente de partenariat conclue entre le constructeur de Dearborn et celui de Modène, suivie du rachat de Ghia par Ford, mènera à la commercialisation de ce nouveau coupé sport en Amérique du Nord.

Présentée en mars 1971, la Pantera utilisait le V8 Cleveland de Ford, un facteur perçu comme avantageux pour les questions d’entretien puisque les concessionnaires Lincoln-Mercury avaient été désignés pour en être les dépositaires.

Ford espérait enfin disposer d’une rivale de taille à opposer aux Ferrari, mais aussi aux meilleures sportives de l’époque, comme le suggère cette vidéo de formation qui suit, tirée des archives et que l’on destinait aux représentants de ces concessionnaires:
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Mais cette association italo-américaine ne durera guère; elle sera dissoute en 1975, après que 6 091 Pantara aient trouvé preneurs aux États-Unis et au Canada. La production de ce modèle se poursuivra certes jusqu’au début des années 1990, mais elle demeurera marginale: le nombre total de De Tomaso Pantera mises en circulation ne dépassera guère les 7 260 exemplaires.

La suite de l’histoire de la marque est moins impressionnante. Elle se poursuit dans une succession de décisions d’affaires disparates et une succession de modèles obscurs.

Ainsi, à partir de 1975, De Tomaso deviendra propriétaire de la marque Maserati. L’année suivante, ce constructeur de Modène prendra également le contrôle d’un constructeur de sous-compactes, Innocenti, marque qui sera revendue à Fiat en 1993. En même temps, De Tomaso cédera à ce constructeur le contrôle de Maserati.

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Pour ce qui est de la gamme De Tomaso, elle sera étoffée de la berline de luxe Deauville et du coupé à quatre places Longchamps (photo ci-dessus) à partir du début des années 1970. Mais la production de ces deux modèles, avec lesquels De Tomaso espérait pouvoir concurrencer les modèles haut de gamme de Mercedes-Benz et BMW, se limitera à quelques centaines d’exemplaires.

Au milieu des années 1990, il y aura aussi le coupé de haute performance Guarà, un projet mis de l’avant par le fils de De Tomaso, puis la Biguá qui suivra, au tournant du 20e siècle; un modèle qui deviendra la Qvale Mangusta.

Enfin, il y aura l’épisode de Rossignolo, durant lequel l’élégant prototype d’un utilitaire appelé Deauville (photo ci-dessous) sera présenté au Salon de Genève, en avril 2011. Un projet mort-né…

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