Cela faisait déjà plusieurs jours que la rumeur courait, mais c’est hier que GM a officiellement annoncé la fermeture, en 2019, de son usine de montage d’Oshawa, en Ontario, qui emploie présentement 2500 personnes. Qu’est-ce qui a mené à cette décision de la part du constructeur américain? La conjoncture, nous indique-on.

Selon le communiqué de presse officiel diffusé par GM, les mesures annoncées par le constructeur, dont fait partie la fermeture de l’usine d’Oshawa, sont prises dans l’optique de faire face aux transformations globales de l’industrie automobile et faire des économies annuelles. Pour mener à bien cette adaptation au marché automobile en mouvement, l’entreprise veut miser sur ses produits les plus populaires — bien entendu, on parle ici de VUS, camions et multisegments — tout en développant davantage sa branche de véhicules à batterie et électriques.

« Nous sommes conscients que nous devons rester à l’avant des conditions changeantes du marché et des préférences du client afin de positionner notre entreprise et réussir à long terme », indique la présidente et directrice générale de GM, Mary Barra.

Alors que GM a investi 6,6 milliards de dollars au cours des quatre dernières années dans certaines de ses usines des États-Unis, pourquoi celle d’Oshawa — ainsi que quatre usines aux États-Unis et deux usines en-dehors de l’Amérique du Nord — disparaîtra-t-elle en 2019?

Selon Dennis Desrosiers, analyste du milieu de l’automobile, la décision de GM, bien qu’elle surprenne de par son  « timing », n’est pas en elle-même surprenante. Ne regardons que les chiffres: en 2003, au moment phare de sa production, l’usine d’Oshawa produisait près d’un million de véhicules par année. En 2017, la production n’était plus que d’environ 125 000 véhicules.

HeapMedia491877

Pour l’analyste, GM ne faisait qu’attendre le bon moment d’annoncer sa décision, et il s’est avéré que ce moment était… hier. Il estime d’ailleurs que l’incapacité de l’entreprise de prendre de telles décisions l’a menée à déclarer faillite en 2009 et à devoir quémander à genoux devant les gouvernements américain et canadien de l’argent pour se renflouer, situation dans laquelle elle ne souhaite probablement pas devoir se retrouver de sitôt.

Tant qu’à y être, rappelons d’ailleurs qu’un prêt du gouvernement canadien à GM d’un milliard de dollars n’a toujours pas été remboursé. Rappelons également que dans toute cette saga de sauvetage des grands de l’automobile, Ford, 3e constructeur américain constituant le groupe des Big Three, avait été en mesure de refuser toute aide financière, lui qui avait déjà entamé sa restructuration au tournant du nouveau millénaire, soit avant le crash financier d’il y a une décennie.

L’espoir de GM est-il de ne pas reproduire la même erreur deux fois?

Mais revenons à nos moutons. Si l’on s’attarde à quelles « transformations » de l’industrie de l’automobile peuvent être à l’origine de la fermeture prochaine de l’usine d’Oshawa, deux nous sautent au visage: le trip VUS et les transformations dans la manière de concevoir la mobilité au XXIe siècle.

Jusqu’en 2017, deux modèles étaient montés à l’usine d’Oshawa: la Cadillac XTS et la Chevrolet Impala, deux modèles de berline. À la fin 2017, GM a annoncé qu’elle allait diminuer la production de voitures et commencer à y produire des camionnettes, soit les modèles Chevrolet Silverado et GMC Sierra. Mais malgré ces changements, l’usine d’Oshawa est principalement orientée vers la production de berlines dans un monde où les consommateurs délaissent ces dernières pour des VUS et des multisegments.

Aujourd’hui, les voitures ne comptent plus que pour 30% des ventes de véhicules, contre 50% il y a peu, selon les chiffres rapportés par Dennis Desrosiers.

HeapMedia491876

Ensuite, on ne peut s’empêcher de voir que les constructeurs misent de plus en plus sur les véhicules hybrides ou électriques — ne pensons ici qu’à Volvo, qui a indiqué vouloir cesser de produire des véhicules équipés uniquement d’un moteur à combustion dès 2019. Les évolutions en termes de mobilité viennent également changer la donne, que l’on parle de véhicules autonomes, d’autopartage, etc.

Pour l’analyste, les besoins financiers pour développer ces technologies, s’adapter à ces nouvelles réalités et rester compétitifs sont énormes; l’annonce d’économies de 6,6 milliards de dollars pourraient très bien servir à financer cette transition.

Finalement, on ne peut éviter de parler du président américain et de l’imposition de ses tarifs douaniers, qui ont certainement causé de tort à l’industrie automobile.

Selon M. Desrosiers, bien que les mesures protectionnistes mises en place par Donald Trump ne soient pas la seule, ni même sûrement la principale, raison qui explique cette décision de GM, il n’en demeure pas moins que celles-ci ont coûté cher à GM.

En effet, le constructeur a annoncé, il y a quelques mois, que les tarifs douaniers imposés par le gouvernement américain coûtaient des millions de dollars à l’entreprise, indiquant néanmoins qu’elle attendrait après les élections de mi-mandat avant de décider officiellement d’une action à prendre. Eh bien, les élections sont passées… et voilà où nous en sommes.

Peut-on faire changer d’avis GM? Sûrement pas. Peut-on sauver les emplois d’Oshawa? J’en doute. Mais le gouvernement canadien a indiqué vouloir aider les familles touchées par les suppressions d’emploi liées à la fermeture de l’usine.

HeapMedia491880

Serait-ce un bon moment pour que l’industrie canadienne de l’automobile regarde les défis qui l’attendent en lien avec cette nouvelle conjoncture mondiale et essayer de trouver des moyens de se positionner aux devants de ces changements?

Ça vaut le coup de l’essayer.