Le journaliste de CBC News, Dean Beeby, a rapporté hier la radiation d’un prêt de 2,5 milliards accordé par le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de l’Ontario au constructeur automobile Chrysler en 2009, lors de la crise financière.

Cette information n’en est pas une que l’on trouve facilement: elle se retrouve à la page 134 du troisième volume des Comptes publics du Canada de 2017-2018, qui renferment les états financiers du gouvernement du Canada pour la période donnée.

Nulle part on n’y fait mention de l’entreprise ayant bénéficié du prêt; on ne peut y lire que le montant qui sera effacé (2 595 974 536$ précisément), qui avait été octroyé par Affaires mondiales Canada par l’entremise de l’organisme gouvernemental Exportation et développement Canada.

Pour la petite histoire: en 2009, alors que Chrysler est financièrement acculé au pied du mur dans la foulée de la crise des prêts hypothécaires à risque, les gouvernements canadien, américain et ontarien investissent des sommes massives pour maintenir le bateau à flot. Pas de chance, peu après, Chrysler se place sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, avant de conclure, quelques mois plus tard, une entente avec le constructeur italien Fiat.

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À terme, on se retrouve donc avec deux entités: l’ancienne Chrysler LLC, qui a officiellement fait faillite, et la «nouvelle» Chrysler Fiat Automobiles, qui, quant à elle, se porte aujourd’hui très bien. À titre d’exemple, en 2017, la «nouvelle» entité faisait état de bénéfices nets totalisant 4,3 milliards de dollars américains.

Selon les informations supplémentaires obtenues par le journaliste auprès du ministre John Babcock, d’Affaires mondiales Canada, le montant resté impayé correspond à 1,125 milliard de dollars américains, plus les intérêts encourus depuis près de dix ans. Toutefois, ces montants ne seront pas remboursés, puisque le prêt avait été consenti à l’ancienne Chrysler…

À noter: un autre prêt avait été effectué en 2009 par les gouvernements canadien et ontarien, cette fois à la nouvelle entité Chrysler, et celui-ci a été remboursé deux ans plus tard, soit en 2011. Le remboursement a totalisé 1,7 milliard de dollars, capital et intérêts compris.

Une critique qui a été soulevée depuis la publication par CBC News, en ce début de semaine, de la nouvelle de la radiation du prêt à Chrysler concerne le manque de transparence dans toute cette affaire. En effet, tel que mentionné ci-haut, l’information était cachée au fin fond d’un document de plusieurs centaines de pages, sans que l’entreprise ayant bénéficié du prêt ne soit explicitement nommée.

De plus, certains observateurs critiquent l’opacité et le manque de transparence des plans de sauvetage, ainsi que le manque de suivi concernant les effets réels des restructurations.

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Comme le rappelle le journaliste économique Gérald Fillion dans son billet publié sur Radio-Canada, un autre prêt, celui-là de plus d’un milliard de dollars, avait été accordé à GM à peu près à la même époque… et il n’a toujours pas été remboursé, bien que l’entreprise ait été entièrement restructurée et qu’elle ait annoncé un chiffre d’affaires de 149 milliards de dollars en 2016.

Rappelons que dans toute cette saga de sauvetage des grands de l’automobile, Ford, 3e constructeur américain constituant le groupe des Big Three, avait été en mesure de refuser toute aide financière, lui qui avait déjà entamé sa restructuration au tournant du nouveau millénaire, soit avant le crash financier d’il y a une décennie.