Au Québec, à l’instar de beaucoup d’endroits dans le monde, les gouvernements et les sociétés misent gros sur les voitures électriques: réduction de la pollution atmosphérique et sonore, diminution de notre dépendance aux énergies fossiles, etc. L’une des premières qui souffrira de cette volonté de changement? La station-service.

C’est donc dans ce contexte d’ouverture de stations multicarburants et d’incitatifs financiers pour l’achat de véhicules dits «verts» qu’Autofocus présente la petite histoire de la station service, d’hier à aujourd’hui.

Pour la petite histoire, revenons aussi loin que 1888, en Allemagne. Par un beau matin d’août, Bertha Benz, inventrice, pionnière de l’automobile et femme de Karl Benz — oui oui, ces Benz-là —, décide de quitter le domicile familial de Mannheim en compagnie de ses deux enfants pour rendre visite à sa mère à Pforzheim, à quelque 100 km de là.

Pourquoi s’intéresse-t-on encore aujourd’hui à ce trajet? Parce qu’elle l’a complété au volant du Benz Patent-Motorwagen numéro III; ce faisant, elle a été la première personne à faire un voyage automobile sur une longue distance.

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De nombreux obstacles se sont dressés sur sa route: problèmes de chaîne et de freins, côtes abruptes, et bien évidemment, la question de l’approvisionnement en essence. En effet, compte tenu que le Motorwagen n’était pas destiné à effectuer des longues distances, il ne comportait pas de réservoir à essence et Mme Benz n’avait avec elle qu’une réserve limitée de carburant.

Dans la ville de Weizloch, à peu près à mi-chemin entre son point de départ et sa destination, elle s’est donc arrêtée dans un lieu qui nous paraît aujourd’hui tout à fait inédit pour faire le plein: chez un apothicaire — l’ancêtre des pharmacies. Elle s’y est procuré du ligroine (de l’ether de pétrole) afin d’alimenter son engin.

La pharmacie à laquelle elle s’est arrêtée, qui est d’ailleurs toujours en activité, serait donc, à toutes fins pratiques… la première station-service au monde!

Il faudra toutefois attendre le début du XXe siècle pour voir apparaître les premiers lieux ayant la réelle vocation de fournir du pétrole aux automobilistes. Bien que plusieurs endroits, principalement aux États-Unis, se disputent la palme à savoir qui a inventé le concept, au Canada, on sait que c’est la compagnie pétrolière Impériale (aujourd’hui Esso) qui a pavé la voie en ouvrant un lieu de remplissage à Vancouver en 1907.

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Toutefois, rappelons-nous qu’à ses débuts, l’essence était surtout vendue par des commerces de proximité. Guy Thibault, historien et auteur de deux ouvrages sur l’histoire de l’automobile (L’immatriculation au Québec et L’automobilisme et ses témoins), nous raconte qu’à cette époque, l’essence se retrouvait principalement au magasin général du village.

Celui-ci bénéficiait en effet déjà de la visibilité et du monopole de la vente au détail, nous explique-t-il, et de là, le pas n’était pas très grand pour que ce lieu devienne l’endroit où les gens se rendaient pour acheter du «gaz». Les commerces installaient des visible pumps (des pompes visibles), c’est-à-dire des cylindres vitrés et gradués, à travers lesquels les consommateurs pouvaient voir à la fois la qualité du produit acheté ainsi que la quantité.

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Toujours selon M. Thibault, outre les magasins généraux, on a vu apparaître des pompes visibles devant les hôtels et auberges; il s’agissait-là d’un argument de vente, d’une manière de se distinguer auprès des clients.

Mais on ne parle pas uniquement d’essence ici: un autre argument massue pour attirer les vacanciers était d’afficher clairement que l’on possédait un garage. En effet, à cette époque où les véhicules n’avaient pas d’habitacle fermé, il était bien difficile de garer son véhicule à l’abri de la pluie et autres intempéries. C’est pourquoi les garages ont acquis une importance considérable.

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Autre détail cocasse: à l’origine, les pompes vitrées se situaient directement en bordure de route, afin d’attirer le regard des passants et les inciter à s’arrêter dans son commerce. Toutefois, comme on peut se l’imaginer, les conséquences d’une embardée pouvaient donc devenir… catastrophiques. Les pompes ont donc par la suite été mise un peu à l’écart, afin d’éviter qu’un malheureux accident ne mette le feu à la ville.

Faisons un saut dans les années 1930. Si auparavant, comme nous l’indique l’historien, « la distribution de l’essence, les réparations mécaniques, le dépannage et la vente des véhicules [étaient] quatre choses bien distinctes », à partir de cette époque, les différentes composantes de l’entretien automobile sont graduellement concentrées en un même lieu: le garage.

Ainsi, outre le vente de carburant, on se rend au garage pour y faire effectuer des réparations mineures et majeures. Ceci était vrai à partir des années 1930 et tout au long des années 1940, mais c’est réellement à partir des années 1950 que cette concentration se concrétise réellement.

À cette époque, les visible pumps avaient disparu, mais cela a provoqué une levée de boucliers au sein de la population. La raison? Plus moyen de connaître la qualité de l’essence vendue. Toujours selon M. Thibault, les compagnies ont même fait face à des boycotts de leurs stations de la part de la population, ce qui les a forcées à ajouter une petite «bouteille» en vitre sur le côté des pompes qui permet au acheteurs de voir directement le liquide qu’ils pompent dans leurs machines.

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En 1923, deux jeunes hommes originaires de London, en Ontario, ouvrent un commerce qui viendra affecter la manière dont toutes les compagnies finiront par vendre de l’essence. Et cette idée de génie part d’un concept simple: pour se distinguer de la masse, il suffit d’offrir aux automobilistes qui veulent acheter du carburant un service complet. Lavage des vitres, mesure du niveau d’huile, vérification de l’état des pneus, le tout avec sourire et courtoisie.

Le nom: Supertest.

Cette idée, qui apparaît de prime abord loufoque, finit par prendre de l’ampleur, à mesure que les compétiteurs voient l’engouement de la population pour un petit extra. C’est donc ainsi que naissent les stations « avec service », qui connaîtront une popularité grandissante jusqu’à ce qu’émerge le concept d’auto-service.

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Nous voici donc rendus en 2018, presque 2019. Les stations-service parsèment le bord des routes et des milliers de millions de litres d’essence sont vendus annuellement au Québec. Aujourd’hui, les automobilistes ne craignent plus de rouler sur de longues distances, car dans la très grande majorité des cas, nous savons qu’une station d’essence n’est jamais bien loin.

Aujourd’hui, cette crainte s’est déplacée: davantage que la disponibilité de l’essence, c’est la disponibilité de la recharge électrique qui calme les ardeurs des automobilistes. Toutefois, comme nous avons pu l’observer avec les stations-service, c’est en bonne partie la demande et les besoins des automobilistes qui ont façonné l’évolution observée dans la manière de s’approvisionner en carburant.

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Aujourd’hui, voitures électriques, à essence et au diesel — et bientôt, voitures à hydrogène cohabitent. C’est pourquoi, sur toutes les lèvres, on peut lire: stations multicarburants. Déjà, certaines stations-service procèdent à l’ajout de bornes de recharge sur leur terrain.

Qui plus est, il y a près d’un an, Circuit électrique et le groupe Crevier inauguraient une première «superstation» de chargement multicarburants, comprenant, en plus des services de plein traditionnels, quatre bornes de recharge rapide ainsi qu’une «gamme complète de services à l’intention des utilisateurs».

Combiner le «remplissage» de son véhicule avec une panoplie de services… ça vous rappelle quelque chose?