La mairie parisienne a en effet affecté une vingtaine d’employés à la surveillance des grands axes routiers de la capitale française au moyen du réseau de 1200 caméras déjà utilisées par la Préfecture de police.

Ce nouveau service de «vidéo-verbalisation» (en France, le mot verbalisation a le sens de constat d’infraction) permet de détecter les contrevenants à une gamme d’infractions plus étendue qu’uniquement la vitesse. Retracés par leur plaque d’immatriculation, ceux-ci auront la mauvaise surprise de recevoir directement chez eux un « PV » assorti d’une amende, sans même savoir qu’ils s’étaient fait prendre.

Selon ce que rapporte les médias français, ce genre de contrôle routier à distance, sans policier présent sur les lieux, existait déjà. Mais il se limitait surtout aux excès de vitesse et aux feux rouges grillés, un peu à l’image de nos radars photo québécois. Vingt-deux policiers étaient dédiés à cette tâche.

Depuis deux ans, la liste des manquements au code de la route pouvant être constatés à distance a cependant été allongée et la mairie parisienne a décidé d’en profiter. La liste comprend maintenant :

  • le défaut du port de la ceinture de sécurité ou du casque (pour les motos)
  • le fait de franchir une ligne continue
  • le dépassement sans clignotant ou par la droite
  • le refus de laisser la priorité à un piéton
  • l’utilisation des voies réservées aux autobus ou aux cyclistes
  • le stationnement en pleine voie
  • l’utilisation de cellulaire au volant

La Ville-Lumière a enregistré une hausse de 56% des infractions routières depuis le début de 2018 et espère maintenant que son initiative de vidéo-verbalisation étendue contribuera à freiner cette tendance préoccupante.

L’objectif est surtout de protéger cyclistes et piétons, mais on souhaite parallèlement inciter les Parisiens à délaisser leur voiture et à profiter des transports collectifs, ce qui contribuerait à réduire les bouchons de circulation.

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Est-ce que ce contrôle des infractions routières par vidéo serait envisageable au Québec? De toute évidence, ce n’est pas pour demain: «Il n’y a aucun projet-pilote pour ça, mais ce n’est pas exclu pour autant», affirme un porte-parole de Transports-Québec, Gilles Payer.

Celui-ci explique qu’une telle initiative comporterait beaucoup d’enjeux. Le Code de la sécurité routière devrait être modifié en conséquence, sauf qu’on vient justement d’en adopter la plus importante refonte en 30 ans.

Il y a aussi la question de la protection des renseignements personnels. «Ces vidéos ne pourraient pas passer entre n’importe quelles mains», note M. Payer. Pensons aussi aux considérations techniques comme l’appareillage nécessaire, la qualité probante des images, le stockage des données, etc.

De plus, le fait que, contrairement en France, les véhicules au Québec n’ont pas de plaques d’immatriculation à l’avant ne faciliterait pas l’identification des contrevenants.

Selon Transports-Québec, la démonstration de l’utilité réelle de ce genre d’initiative reste à faire. «L’objectif ne doit pas être de donner des contraventions, mais plutôt d’améliorer la sécurité et le bilan routier», insiste Gilles Payer.

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Entre-temps, les Québécois ont tout de même eu droit, depuis 2009, à l’implantation du contrôle de la vitesse par radars photo. Et même si cette surveillance à distance est clairement annoncée aux endroits visés, bien des automobilistes se font encore prendre.

Après la période de flottement qui a suivi un jugement soulevant des lacunes dans la validité de la preuve par cinémomètre, l’émission de constats d’infraction aurait repris son rythme de croisière depuis cet été, grâce aux modifications conséquentes apportées au Code de la sécurité routière.

Selon les données du ministère de la Justice, en date du 30 septembre dernier, la vingtaine de radars photo fixes ont généré 568 885 constats d’infractions depuis 2009. La palme va à celui de l’autoroute 20 à Boucherville, avec 160 000 constats.

Les radars photo mobiles, utilisés alternativement à plus de 200 endroits, ont pour leur part permis l’émission de 328 425 constats.

Un vingtaine de feux de circulation ont également été dotées de caméras pour détecter les automobilistes qui grillent le feu rouge. Depuis 2009, 31 699 constats du genre ont été émis.

Au total, cette technologie de surveillance photographique a donc permis de pincer plus de 900 000 contrevenants en une décennie. La valeur potentielle des amendes liées à ces infractions totalise 125 millions $. Mais encore faut-il qu’elles soient payées…!

Encore plus important, l’effet dissuasif de cette surveillance à distance semble bel et bien se confirmer. Comparativement aux années 2005-2007 (avant le projet), les accidents corporels et matériels ont diminué de 42% pendant la période 2013-2015, aux endroits où l’on trouve des radars photo fixes et de 33% là où sont installés des appareils de surveillance aux feux rouges.