Financer sur sept ans – c’est 84 mois, ça… – est-ce que ça vaut le coût?

«Non,» dit CAA-Québec.

«Ça dépend,» dit Éric Brassard, comptable agréé, planificateur financier et auteur du livre Finance au Volant.

Bon, vous aurez compris que la réponse n’est pas simple. Alors, vous en êtes quitte pour nous lire!

Les prêts automobiles sur six ou sept ans sont débarqués avec la dernière décennie. Il faut dire qu’avec leur qualité et leur durabilité en hausse, les véhicules d’aujourd’hui se prêtent davantage que ceux d’hier à du financement sur 72 ou 84 mois.

À l’occasion, on voit même du financement sur 96 mois… C’est du huit ans, ça!

Pourquoi les constructeurs cherchent-ils à étirer la sauce si longtemps? Parce que ça réduit les mensualités. Et on le sait, les acheteurs ont tendance à ne considérer que le paiement mensuel…

Mais les experts de la finance le disent et le répètent: il ne faut pas regarder que le paiement mensuel. Bien au contraire, il faut envisager l’ensemble de l’équation. Même si, et avouez: 229$ par mois, ça semble pas mal plus avantageux que 364$…

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Ça ne l’est pas, dit toutefois CAA-Québec qui, après s’être penchée sur la question, a conclu que les consommateurs sont perdants avec un prêt automobile étiré sur six ou sept ans.

Surtout s’ils pensent revendre leur véhicule avant terme.

Et encore davantage s’il s’agit d’un véhicule qui déprécie davantage que la moyenne (les voitures américaines, par exemple).

CAA-Québec explique sa position en faisant valoir que si vous voulez vous départir de votre véhicule au bout de quatre ans, vous devrez assumer une perte financière de plusieurs milliers de dollars.

Pourquoi? Parce que, dépréciation oblige, votre véhicule vaudra moins sur le marché de l’usagé que la dette (étirée) qu’il vous reste à payer.

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Évidemment, nous sommes tentés de croire que la différence entre la valeur marchande et le solde de la dette est une perte financière. Mais cet écart, dit le planificateur financier Éric Brassard, est plutôt une histoire de gestion de trésorerie.

«Cette somme, vous l’auriez payée de toute façon si vous aviez payé la voiture plus vite, explique-t-il. Si vous vendez la voiture avant la fin de son terme de financement, il vous faut simplement assumer tout de suite ce que vous auriez dû payer plus tard.»

Autrement dit: une voiture se déprécie, qu’elle soit payée comptant ou financée sur un certain nombre d’années. «La voiture ne sait pas si je l’ai payée cash ou si je la finance sur sept ans!» fait remarquer l’expert.

Donc, pas de perte financière, assure M. Brassard. Reste que plus vous payez lentement, plus le solde de votre dette est grand… d’autant que les taux d’intérêt sont généralement plus élevés sur les termes de six ou sept ans que sur des termes plus courts.

À preuve: les frais d’intérêts actuellement demandés pour le financement de la voiture la plus vendue au Canada encore l’an dernier – la Honda Civic – en version berline LX coûteront 4043$ pour un terme de sept ans (à du 3,99%) contre 2130$ pour un terme de cinq ans (à du 2,99%) et… 847$ pour un terme de trois ans (à du 1,99%).

Soit 48$ d’intérêts mensuels pendant 84 mois, contre 36$ mensuels pendant 60 moins et… 25$ mensuellement dans le cas du prêt de 36 mois.

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Et si, au lieu de faire financer par le concessionnaire, vous acceptiez le rabais «au comptant»? Nous aurions pu faire usage des calculettes retrouvées sur le site www.ericbrassard.com pour découvrir quelle proposition, du financement ou du rabais, était la plus intéressante, mais l’expert a bien voulu faire les calculs pour nous.

Il a utilisé les promotions suivantes sur un modèle compact de 16 000$ avant taxes:
Achat au comptant: 1500$ de rabais (donc, prix de la voiture: 14 500$)
Financement sur 72 ou sur 84 mois: 3,49%

Résultat? Le rabais accordé à celui qui paie «comptant» signifie que l’on n’est plus du tout en présence d’un 3,49% d’intérêts, tels qu’annoncé. Plutôt, on est en présence d’un taux de 6,4% (terme de 84 mois).

Réduisez la période d’amortissement et le taux va jusqu’à friser les 10%. «Sauf les gens très mal pris, on devrait plutôt empocher les 1500$ de rabais et se chercher une autre source de financement,» soutient M. Brassard.

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On vient de le voir, le financement à long terme coûte généralement plus cher. Non seulement parce que les intérêts sont plus élevés, mais aussi parce qu’ils courent plus longtemps.

Donc, on ne devrait jamais choisir un terme à si long terme? Encore une fois, le planificateur financier défait le mythe: «Là n’est pas la question. Il vous faut plutôt voir l’ensemble de la situation financière et vous demander où vos dollars travaillent le plus fort.»

Certes, dans une situation idéale, vous choisirez le taux d’intérêt (et non le paiement!) le plus bas, même si cela signifie une mensualité plus chère.

Voilà qui, surtout, devrait être le choix de ceux et celles dont l’argent brûle les poches; mieux vaut choisir le terme le plus rapide possible, sinon… l’argent «épargnée» sur le prêt chaque mois risque de disparaître sans qu’on ne sache trop où!

«D’un autre côté, dit Brassard, il faut analyser le coût de renonciation.» Vous avez des cartes de crédit «pleines» à du 19% d’intérêts? Vous feriez mieux de payer ces dernières même si, pour ce faire, vous devez opter pour un terme de financement automobile plus long.

De même, vous êtes peut-être mieux de conserver un peu de liquidité chaque mois pour contribuer à votre Réer qui, lui, vous fera épargner de l’impôt.

Et si le budget est vraiment très serré, mais que l’achat d’une voiture est incontournable, le paiement sur un long terme peut être une question de survie. En auquel cas, vous choisirez la voiture la moins chère possible – lire: la moins équipée… – ou vous vous tournerez vers une usagée à petit prix.

Reste que si vous optez pour un terme de financement automobile de six ou sept ans, vous paierez encore tous les mois pour une voiture qui n’a plus de garantie et qui, de plus en plus, exigera des réparations d’importance.

Pas très intéressant de devoir ajouter aux paiements mensuels le coût d’un nouveau radiateur…